09/12/2022
Les vivants-murs
Les morts mûrs pour la parole
Déserts à diserts
Les vivants-murs
Les morts mûrs pour la parole
Déserts à diserts
Autrefois
Lance-parfums
Imprégnés de miasmes
Elles répandaient
Le chagrin
Aussi sûrement
Que les bouches
Des canons,
Celles des soldats.
Aujourd’hui
Légères, or
Barques solaires
Elles font un masque
De pharaon
Aux visages des morts,
Les couvertures de survie.
L’enveloppe est jolie,
Poésie,
Mais sous la dorure à la feuille,
Les mêmes corps.
Le fruit dans le vers
Et non le ver dans le fruit
Peut-être cela,
La poésie
Pour Jeeves
De ces collisions étranges,
Panaches de poussière
Gaz à la gaze qui s’étire
Iridescente
Arc-en-ciel sur le noir,
Morceaux de glace
Qui tournoient
En anneaux,
Sillons argent
D’un disque silencieux,
Le berceau,
Moïse de feu
Fait à une étoile
Gris, écrin rêvé
Hiver. Papier cadeau fait
À la lumière
Jeeves chez le marchand
De couleurs fait son mélange
Soleils jaune citron
Nouées en couronne
Les fleurs à la carnation
Or Plaisir d’offrir
Elle est
Ton Aral intérieur,
Petite mer cloisonnée
Cela va chercher loin,
Au-delà des viscères
Que tu assèches
Et tu pleures,
À la petite cuillère.
Que tu renfloues
À coup de dérivations
Que tu shuntes,
Deux baguettes de coudrier
Ramenées du Chinois du coin
Tu cherches l’eau
Que tu as jetée.
Elle est ce trou du souffleur,
Que tu polis,
Lisses,
Aménagée comme une cabane
De Robinson Suisse,
Il arrive que
Sortie de ses gonds
Par des vents dominants,
La porte de bambou
Claque sur le vide,
Sur les doigts
Du résident
Qui sort
De son silence,
Bouchon
Démuselé
Sur un flacon remué,
Odeurs de cave,
Mérule
Humidité,
Drain plongé
Dans les souterrains,
Poésie ?
Et celle des greniers
À grains ?
Si je suis riche
C’est que je n’ai donné que
Du vent. Sans compter
Le bon grain
Tend une main à l’ivraie
Autre scénario
Le long des murs,
Les mers.
Par vagues or,
Des champs de blé
Des rubans océan
D’un bleu si ciel
Que l’on ne sait,
Est-ce encore eau,
Ou déjà le pastel
D’un air couleur lin.
Le chœur fait le dos rond
Au soleil
Briques de verre bergamote
Que fonce un nuage,
L’ombre d’un oiseau
S’imprime un instant
Dans l’ambre des vitraux
Déroule sur les dalles
Du sol un tapis qui vole
De carreaux blancs
En cabochons.
Aux images qui se brisent
Et se recomposent
Au gré de la lumière
Et du ressac des ombres,
Du triforium répond,
L’unité des voix
Qui lentement se feuillettent
Le chœur déploye
Ses quatre rameaux,
L’une monte si haut,
Petite alouette,
Que les cœurs
Arrivés
En bord de regard
S’y noient.
L’assemblée se lève
Il y a les vivants
Qui remettent les morts
En forme,
En humbles servants,
Lavent les corps.
Application
En couche de laque,
Le rond
Sur le haut de la pommette
Y figure un semblant
De sang,
Beige rosé,
Les paupières lissées
Sur le sommeil,
La veille longue
Vers l’éternité.
Ceux qui écrivent
Aussi,
Petit coup de marteau
De dinandier
Pour défriper une peau,
Décabosser le souvenir,
Se penchent sur eux,
Ajoutent une fleur
À l’ensemble,
Le récit d’un bouquet
D’héllebores
Couché entre les doigts
De celle qui dort
Embaume l’air,
Les fleurs blanches
Ne sentent rien,
Mais il suffit de faire dire
Aux vers
Parfum d’herbes coupées
Au printemps,
Pour que le joli mois
De mai de Jeanne
Recouvre de brassées
La cyanose bleutée,
Les cendres de l’hiver