30/11/2023, la neige repart

Déroulé l’hiver
Son parterre de fleurs
Irradie,
Tapis incandescent.
La braise brûlante
De la laine,
Parcourue calmement,
Pied nu,
Qui feutre le motif
Boteh,
Son feu de haute lisse,
Une grenade,
Comme une manche de robe
Dont les crevés
Laissent entrevoir
L’orient d’un rang de perles
Rosées,
Bleu profond de la porcelaine,
Margelle de la fontaine
À la colombe,
Bord de la tasse de thé,
Au jardin,
La lune captive
Se serre
Sous la cloche de verre
Sablée
De givre,
Contre une salade,
Dans sa minuscule orangerie,
Un rang de leds,
Que la nuit allume
Que le jour désanime,
Le poids de cuivre de l’horloge
En soleil
Bat,
Chaque temps,
Modelé
Sur le précédent
Aujourd’hui
À cette heure,
Arbre se prononce
« Amandier en fleur »
Dénudées noires branches d’écorché,
Habillées de dragées,
Flocons de plumes,
Oiseau qui se restaure,
Parmi ceux de la neige
Le silence, langue parlée
Au pays de la solitude
L’accent, son empreinte digitale
En filigrane,
À l’écrit,
Précisément.
Une haleine aux motifs
Particuliers,
Aux gabarits récurrents,
On parle de la pluie et du beau temps,
Et toujours la même vague,
Qui les sous-tend
Fils entrecroisés,
En abondance de plis,
Qui ne dissolvent pas le dit,
Malgré la cassure,
On distingue
Le bain de couleur
Originelle
De son tartan.
Casser la gueule aux miroirs,
Façon adolescente
De voir les choses en face,
Écouter le reflet reconstitué
Sa parole en lisière
Sous les épaisseurs
De papier Scotch
Ancre profonde dans le doigt,
L’écharde.
Ce mouvement incontrôlé
Te rappelle au souvenir
De l’arbre dont elle fut
La partie,
Le désagrément le dispute
À la perte,
Le verger mué
En une pointe,
Aiguillon
Visiter l’étang,
Un appel aux aimés,
Leur dire le petit pas prudent sur les flocons
De neige,
De faire les chats
Derrière les carreaux,
Novembre poudré
Le chat prend
Le chapprend que si tu ne donnes il se sert
Mine de rien,
Il conduit son humain
Pas à pas,
Patte de velours passée dans une mitaine,
Luit au grand jour
L’ivoire d’une griffe
Rétractile,
Son pensum quotidien,
À son cours d’agility.
Sans quitter l’espace du salon,
Ni se saisir des clefs
De la voiture,
Grand maître,
Il te confie tes attributs,
Ton sceptre,
Bip-bip,
Distribue les cartes
À la courte-paille,
Tu gagnes,
Je fais la liste,
Tu perds,
Je ne fais pas les courses
Ni faux-cils ni artifices
Une pelisse,
Aucun imprimé
Qui divertisse,
Égare le regard
Parmi le sinueux
D’un motif,
Courte l’été,
Il la lisse dorénavant,
En ouvre l’ourlet,
Toison de yak,
Le chat.
Fors sa peau-manteau,
Son besoin se porte
Sur son rond de serviette,
Le quadrilatère de l’assise
De la bergère,
Une prise de guerre
Conquise sans lutte.
Il a suffi qu’il ajuste
La mire,
Eau pers de ses prunelles
Pour que se réorganise
L’espace
Aucun mot de trop,
Do not disturb,
Oncle Ho
La cage à écureuil,
Un homme marche dedans sans avancer.
Les rinceaux de la rosace,
Qui s’élèvent
Au bout du fil
Tournent.
La grand’roue sur le parvis,
Mue par le même mouvement,
Deux rouages anciens
Et l’un,
Contemporain,
Sans concordance des temps,
Horloge scindée,
Un pied ici,
L’autre dans le passé
Que rien n’entraîne,
L’absence d’un tourbillon,
Sa spire de laiton,
D’une piécette infime,
Go-between entre deux mondes,
L’enfoui,
À la seconde,
L’enfui,
Le tour de manège est fini
L’eau se coagule en rêve, première neige
Poème posé sur cales, météorologie
La brume
Märchen, l’oculus sur le monde
Tracé dans le givre de la vitre, l’œilleton
Les couleurs en ressac loin derrière l’horizon
L’estran est gris,
La palmeraie de parasols flotte
Fata Morgana en suspension,
Son chapitre dissout,
Ses pneus hiver.
Jeeves est la contre-saison,
Le jaillissement,
Le tartan rouge et vert
Sur la rivière Tweed,
Bricole à l’emporte-pièce à bredele
Un bouquet,
Garde le meilleur
De la morosité