ce que vos yeux vairons

Catégorie: air doux

Planète, gens sans terre

Zone habitable
Tout confort, jusqu’à l’amour,
Lyophilisé

Petite empreinte digitale

À l’endroit précis
Où la patène du soleil
Hier s’éclipsa,
J’ai trouvé dans la
Cendre, du siècle passé,
Une piècette de
Dix centimes,
Le sans-prix
D’un Malabar,
Épicerie d’Antoinette

Le long de la paille

II ne ressemble à
Rien, sur fond blanc. Transparent,
Le verre. Il verdit
Soudain. En ses eaux,
Un gazon glacé,
Et ses nonpareilles, des bulles,
Dans le sirop frais
Du diabolo,
Baume de la menthe,
Sur les lèvres gercées,
La bouche est fontaine,
La mousse du cresson

Mise en lumière, nuit

Il n’y eut pas
Au soir,
De ces ciels étoilés,
Que l’on ne trouve
Que dans les hauteurs, à l’air rare et limpide,
Nuit de Dalmatie,
Au champ de marguerites
En suspension au-dessus des têtes,
En Pentecôte,
Carreaux d’arbalète des Perséides,
Qui troublent un instant,
L’ordonnancement des fleurs.
Mais dans la douceur,
Une constellation inédite tombée
Sur terre,
L’assemblée des yeux brillants,
L’escarboucle
Des coeurs affleurant
Sous la peau
En transparence,
Le pulsar d’un point rose,
Bouton de nénuphar,
Palpitant,
Et le partage du vin,
Son or sur les lèvres,
Cerise sur les joues,
Vermeil

Les affluents

Tu vois de la terre rouge
Des croix de saint André qui flottent,
Le bois desserti des colombages.
Le torchis blanc rosit,
Et les images dévalent,
Par tombereaux,
La plaine irisée,
Millions de boutons de nacre
S’écoulant des réservoirs,
Soleils à la benzine,
Ebrus, beaux à pleurer.
Tu vaques dans la maison,
La tienne tient debout.
Demain, viendront des amis
Du pays du mistral,
Sabreurs de rubans.
La nappe.
La vaisselle brille
Dans le deux-corps de noyer,
Ne gâche pas leur lustre,
Suspends un instant
Tes battements de coeur déchiquetés,
L’eau coule,
Mais ce cercle-là
Ne se fissure,
Les anneaux de leurs bras.
Avant l’au-revoir,
Nous aurons échangé
Notre verroterie, nos ortolans,
Nos poisons violents,
Eux, les banons,
Les alentours de
L’abbaye de Montmajour,
Contre l’onguent
Dans son pot de grès rond,
Griebenschmalz,
Qui sent la fumée du plateau,
Un cérat, dans un coin du
Tableau.
Puis enfouir ces moments,
Ainsi que le fit Mémé
De son trousseau de draps,
Au fond du jardin,
Avant l’évacuation,
Vers le pays de Charente
Y revenir plus tard,
Les humer,
Comme un avare, sa cassette,
Jour heureux,
Parmi la fange des heures.
« Allez les gars, on progresse ! »

Ein Nussbaum für Rosa

Incipit
Prends place sous l’arbre à noix, qui pousse ici, et sous son ombre acide, ce qui pousse aussi, rien d’autre, que l’écho qui suit

Cette personne, crainte, à la manière des enfants
Je fus aussi cette enfant sous l’âge de raison
Je dis personne.
Ni homme, ni femme, mais noire, une espèce, issue du brouillard, un voile de fumée
Son vêtement, ses rides peignées ainsi que le gravier d’un jardin, ses jambes, arcure d’un cep de vigne
Son visage, bronze d’un buckling
Elle parle à son épaule vide, à de l’invisible, derrière elle, ara absent d’un pirate
Autour d’elle, un cylindre de verre, que nul ne franchit, cercle de sorcière, le cercueil qu’elle trimballe
Ni esprit simple, ni simple d’esprit
Folle
De quoi ?
Les gens lui parlent du bout de la fourche, on joue à se faire peur, interrompre son monologue, de derrière sa barrière
Son histoire, à laquelle seules les personnes grandes entendent quelque chose
S’Resslé
Prénom d’une petite Rose
Son nom, celui du noyer
Au cimetière, sa tombe tombe en deshérence,
Mais tu es arrivé jusqu’ici
Le scion du début porte des fruits, il est arbre
Entre ses racines, l’urne
Elle, nue, et ses hardes
Ta mémoire rougit, et baisse le front
Tu as grandi,
Tu lui dois un tumulus de princesse

Les salamandres

Le soir tombe, emporte
Par accident une feuille  dans
Le torrent
Dans le placard où
Pend un bouquet de livèche,
Les gobelets de
Grès bleu
S’riecht nach Maggi

Ouvrir la bouteille
De vin de Bade,
Le coeur d’un bretzel,
La frise de bois
Du balcon
Qui liseronne
Autour de la maison,
La forêt, noir
Et vermeil

Casque d’or, cuivre

Au jardin, soleil
Levant se coulant sur sa
Tête, la ceint d’un pschent
En feu

😉

J’épluche. Les carottes.
Le journal d’appels. Parmi
Les fanes, trois brins bleus,
Des pieds d’alouette,
Maman au WhatsApp

Abschied für Gaby

Ils étaient Bernard
Ernest, Gabriel. Nul ne
L’épelait ainsi

Chant choral, 30/04/2021