ce que vos yeux vairons

Catégorie: air doux

Menton, l’étang

Mon annonciade, ses voûtes qui verdissent, le soleil passe sur des tesselles de feuilles, frisson de vitrail, et le ciel, et la lumière, de tout leur bleu, vernis transparent du chant des oiseaux, derrière le jubé, quel dieu louer, je tremble. Le désir, êtes-vous le printemps.

Je veux tout

Dehors, un charabia, à tort et à travers, les sons qui zigzaguent, zébrures de l’air, les oiseaux, qui frôlent les branches, une ligne électrique, qui vibre, le vent, qui brosse les jaunes, les verts, des fleurs qui sentent tout ce qui peut se sentir, linge propre, peau chauffée, le printemps me pousse au désir.

Janequin

Les oiseaux ont-ils un jumeau, le partage d’un chant singulier, une même langue, un vocabulaire pépié, différent.
Merle, je suis moineau, tu chantes, il n’y a rien à comprendre.
Tu chantes, la mélodie me suffit, nous sommes oiseaux, demain, je te parlerai moineau.

Enfleurage

Ce que je sens, en ouvrant la fenêtre, une odeur violette de lilas en fleurs, une odeur ancienne et vaporeuse, une odeur de sacristie, le sac de ma grand-mère, le muguet de son eau de Cologne, un Leonor Fini.

Jack Moineau

Le banquet est fini.
Et je fais les poubelles, je glane, les restes d’avril, brisures, cendre de jonquilles, une tige sucrée, une primevère, sucée jusqu’à la moelle, tout m’est manne, les verts-tilleul, le sirop du soleil sur les prés, la première hirondelle qui a le goût de tout ce qui est premier, une fraise, une cerise, un baiser volé.
Je suis un biffin, là, tout mon butin.
Mon temple, avril.

« Tous les matins du monde », un matin du doux mois d’avril

Jpeg

L.E.M., module 6 for sun

Le soleil fait la
Chaise longue sur ma peau,
Son heure, chilienne.

« Que voyez-vous, Carter ? »

L’étang, ce matin, un Turner de brumes, étincelant, d’or, le soleil, et l’argent, le soleil s’assombrissant, une merveille, je retiens mon souffle, le plus longtemps possible, mon apnée. Je voudrais que rien ne bouge, et mes poumons brûlent. L’enchantement prend fin, l’expiration de mon pari fou.
Je reviendrai.
Demain.
Bientôt.

Les deux marronniers

Ici, chez moi.
Où les toits sont épaule à épaule.
Où aucun ne risque une tuile plus haut que l’autre.
Où les rues déroulent leurs rubans plats, rien ne dépasse.
Il y a.
Formidables.
L’un à l’est, l’autre à l’ouest.
Deux phares gigantesques, qui dressent leurs épais fûts de bois loin par-dessus tout ça.
Deux gardiens de sépultures, cimetière juif, cimetière chrétien, et les branches de ces vénérables, où se mêlent indifféremment, les accents du chant des oiseaux.

Autour de l’étang, segment 25

L’étang me tend la
Main, je la prends et j’ôte
Mon gant. Plus de froid.