Run, baby run
Je l’écoute.
Il marche à grandes enjambées.
Là, il trébuche.
Le coeur a des ampoules aux talons.
L’amour est une chaussure trop petite.
Je l’écoute.
Il marche à grandes enjambées.
Là, il trébuche.
Le coeur a des ampoules aux talons.
L’amour est une chaussure trop petite.
Ce matin, blancs, à l’étang, trois cygnes. J’ai croisé une dame, qui m’a dit, « J’en ai vus, tant et tant… »
La maison Bartholdi est fermée.
Retourner en arrière, au pied de la croix.
Le froid du Golgotha, en hiver.
Au tournant de la maison Pfister, un chocolat chaud.
Rêver, les délices du Prado, un jardin, un patio.
Deux braseros, le froid de l’enfer, dehors, des marrons chauds, une même langue qui brûle, le feu, l’effroi.
Les stries des vignes, un coup de peigne sur la montagne, des lignes tirées, comme des portées sur du papier, il neige, et je descends dans la vallée, vers la lumière.
Derrière moi, le ciel se referme, je laisse là la nuit.
La steppe.
Le pays d’où sont partis les arbres, chassés par le vent.
Où ont poussés, pas plus haut que des buissons, des chevaux, lui tenant tête, et des hommes, à peine plus grands, à la tête des troupeaux de yaks et de tempête.
L’endroit, toujours le même.
Je tiens ma position.
Sur le chemin de ronde, une tour de guet, à tous les vents, rien ne vacille sur la ligne d’horizon.
La digue est une longue muraille qui ne défend rien d’autre qu’un étang et ses janissaires de roseau.
Alors je bascule vers le ciel et son ventre, la vie est là-haut.
Noire, légère, gris-ardoise, la vapeur des nuages.
Sur l’horizon, rien ne bouge.
Si j’avais assez de foi. Je me pencherais jusqu’à y tomber, jusqu’à voir en l’étang un jardin et son herbier, où il me suffirait de respirer autre chose que de l’eau, d’écarter d’une main ce qui lui tient de posidonie, pour trouver, endormie au pied des roseaux, une silhouette, un frère du capitaine Nemo.
Le mien est en herbe,
J’ai ouvert la porte aux arbres,
A l’eau du torrent.
L’heure tant attendue.
Royaume éphémère, avant
Qu’il ne s’évapore.