ce que vos yeux vairons

Catégorie: arpenteur

Run, baby run

Je l’écoute.
Il marche à grandes enjambées.
Là, il trébuche.
Le coeur a des ampoules aux talons.
L’amour est une chaussure trop petite.

Myriade

Ce matin, blancs, à l’étang, trois cygnes. J’ai croisé une dame, qui m’a dit, « J’en ai vus, tant et tant… »

Le retable d’Issenheim

La maison Bartholdi est fermée.
Retourner en arrière, au pied de la croix.
Le froid du Golgotha, en hiver.
Au tournant de la maison Pfister, un chocolat chaud.
Rêver, les délices du Prado, un jardin, un patio.
Deux braseros, le froid de l’enfer, dehors, des marrons chauds, une même langue qui brûle, le feu, l’effroi.

Untergang

Les stries des vignes, un coup de peigne sur la montagne, des lignes tirées, comme des portées sur du papier, il neige, et je descends dans la vallée, vers la lumière.
Derrière moi, le ciel se referme, je laisse là la nuit.

Là-haut

La steppe.
Le pays d’où sont partis les arbres, chassés par le vent.
Où ont poussés, pas plus haut que des buissons, des chevaux, lui tenant tête, et des hommes, à peine plus grands, à la tête des troupeaux de yaks et de tempête.

Spade

Le vent froid qui fait gronder la digue.
Qui fait vibrer les haubans des roseaux.
Qui cisaille les ailes des oiseaux.
Étendre les bras, ouvrir le caban.
Chercher la portance, se faire delta.
Courir le long du goudron.
Abscisse, ordonnée, le tronc, les bras.
Je suis une croix qui se déploye.
Sur le tarmac de l’étang, je m’arrache.
Au sol, rien ne me retient.
Pas même toi.

D’où viendra la neige

L’endroit, toujours le même.
Je tiens ma position.
Sur le chemin de ronde, une tour de guet, à tous les vents, rien ne vacille sur la ligne d’horizon.
La digue est une longue muraille qui ne défend rien d’autre qu’un étang et ses janissaires de roseau.
Alors je bascule vers le ciel et son ventre, la vie est là-haut.
Noire, légère, gris-ardoise, la vapeur des nuages.
Sur l’horizon, rien ne bouge.

La quête

Si j’avais assez de foi. Je me pencherais jusqu’à y tomber, jusqu’à voir en l’étang un jardin et son herbier, où il me suffirait de respirer autre chose que de l’eau, d’écarter d’une main ce qui lui tient de posidonie, pour trouver, endormie au pied des roseaux, une silhouette, un frère du capitaine Nemo.

Le jardin du maître des filets

Le mien est en herbe,
J’ai ouvert la porte aux arbres,
A l’eau du torrent.

A.M.

L’heure tant attendue.
Royaume éphémère, avant
Qu’il ne s’évapore.