Toccata et fugue
Mozart, qui n’a pas eu le temps de devenir Bach.
Mozart, qui n’a pas eu le temps de devenir Bach.
Gélive, un aubier de printemps, la naissance du sentiment.
Le paillis de mes mains, à ses pieds, entre le froid, et la frange de ses racines, le scion, fragile.
Mon souffle, doucement, et tiède.
L’arbre me choisira t-il, ma terre, contre la fin d’un exil.
La lumière, le ciel lavé à grande eau, blanc, et bleu Nattier, le dallage des nuages, les ombres, qui le mettent en lumière, les oppositions, le soleil qui se fragmente sur l’eau, les vaguelettes se couvrent d’écailles argentées, papier d’aluminium qui se froisse et se défroisse au gré du vent, sans un bruit.
Sens-tu ce que je vois, sur ta peau, les dents de lait du soleil de midi. Mai n’est pas cruel.
Qu’est-ce que l’étang, petite mer, qui resserre ses rives, élégant, pour que je puisse en faire le tour.
Les oiseaux ont-ils un jumeau, le partage d’un chant singulier, une même langue, un vocabulaire pépié, différent.
Merle, je suis moineau, tu chantes, il n’y a rien à comprendre.
Tu chantes, la mélodie me suffit, nous sommes oiseaux, demain, je te parlerai moineau.

Jpeg
On n’enferme pas un arbre,
A quoi bon les barbelés,
On n’enferme pas un arbre,
S’il ne veut pas rester,
Tu rouilleras, solitaire,
Si tu n’es que fil de fer,
Tu n’auras rien compris.
L’arbre, rien ne le retient,
Ni ses racines, ni ton acier,
L’arbre est du bois
Dont on fait les oiseaux, et les chats,
S’il te choisit,
Ne bouge pas,
Jubile.
Et sens ta peau.
Tu es déjà écorce.
Quel sorcier, pour apprivoiser un corbeau, un oiseau, un chat noir, le poil, la plume laquée, un gommeux, et la gouaille de son cri, là-haut, sur fond bleu.
L’étang me tend la
Main, je la prends et j’ôte
Mon gant. Plus de froid.
La cage est si grande, je peux voler sans me cogner. Est-ce cela, la liberté.
Se faire saunier.
Recueillir la fleur, ce qui affleure, l’eau avec le passé, évaporés, ne reste qu’hier, son sel léger. Le bonheur, un bonbon qui fond sous la langue.