Glissement de terrain
En bas, l’élément
Lourd, granite bleu, la mer,
En haut, oh, légère,
L’idée de l’aurore
En bas, l’élément
Lourd, granite bleu, la mer,
En haut, oh, légère,
L’idée de l’aurore
Jaillit du bec du
Merle, il en frotte le silex
Jusqu’à l’or, anche. Chante
La pluie, sur le marc
Roux des feuilles. Je verse mon
Café dans l’évier
Absinthe, l’herbier,
Le ciel pâle se teinte, cresson
Des roseaux givrés
La part de l’eau, du sable ? de ce marc blond
Dont les enfants du bord des mers font un ciment,
S’élèvent les murs de leurs donjons, à la lisière,
Les douves déjà s’envasent et se défont
Ce qui était dur comme de la pierre, les fondations,
Les moellons s’égrainent, et fondent, emportant dans la débâcle, colombages de kelp, les fresques de coquillage
Ce qui reste des enfants, l’empreinte de leurs pas
Tournés vers les dunes, et les maisons, dont les baies s’éclairent une à une.
La nuit est là maintenant, qui tombe de tout son poids sur tout, ruines du jour,
Les enfants grandissent, inlassablement
Demain est un château, il repoussera
Laque cinabre, l’aube
Sur l’étang, cire rouge
Des roseaux en cierges
Regarder d’en haut, si l’on vous a fait la grâce d’être un oiseau
Le voyage est circulaire, tracé de l’hélice de la coquille d’un escargot,
La route tourne sur son axe, comme ces enseignes-sucre-d’orge rouges et blanches et bleues des barbiers
Rubans, en longs phylactères de la colonne de Trajan,
Château de sable en turban de la Malwyia,
Je répète la route mentalement.
À gauche, la montagne en rochers de grès, à droite, en à-pic, la forêt,
Au sommet, suivre l’ambre du torrent, une truite me salue en allemand, « Es freut mich ! », je roule jusqu’à la maison du bout du monde, ses douze montres, pendules, et coucou, la petite, ronde, à crémaillère, si jolie
Attendre, que tous annoncent le lever du jour, au fond de la vallée, le V noir des sapins verdit, le soleil monte comme une hostie derrière la montagne.