« Tous les matins du monde », faux départ

La voix a surgi, là, d’outre-bosquet, d’un fatras de ronces, d’arbrisseaux malingres, quelque chose d’incongru.
Qui pouvait vivre dans ces décombres de forêt, j’ai eu peur, un chemineau, une ombre de cauchemar.
La voix a dit « Venez ! »
« Venez voir ! »
La peur encore.
Alors il s’est avancé.
Un vieux bonhomme.
Un peu courbé, un peu sale, très content.
« Je viens nourrir mes abeilles, vous voulez faire une photo ? »
Outre-peur.
Juste un vieux monsieur, un peu courbé, un peu sale, il a travaillé.
Et qui a partagé.
Et j’ai honte.
C’était un vieux monsieur.
J’ai eu peur d’un apiculteur.
Je l’ai vu, blanc. L’intercesseur, le messager. L’animal merveilleux, l’épervier de conte de fée, l’oiseau et son augure. Il fend les eaux de l’étang, et je reste sur ses bords à me consumer. J’attends. Le surgissement. Le kiosque d’un bâtiment, et sur sa passerelle, quelqu’un. Son commandant.
J
Avant le vent, la pluie, les grands déchaînements promis, se tenir là, lorsque la nuit renoncera. Laisser faire le ciel.
Demain, quel que soit le temps, il fera beau. Je l’ai vu par la fenêtre. Je sortirai. Puisqu’il m’attend.

Jpeg

Jpeg

Jpeg
La pente que je monte, et le monde que je laisse derrière moi, ici-bas, rien ne me suit, les bruits, les couleurs, sourds, une église aux champs, où tout est ciel, du bleu de l’eau, au murmure froissé des roseaux.
