Autour de l’étang, segment 9
Tant de mondes dont
Je ne sais rien, les pierres
Du chemin, et toi.
Tant de mondes dont
Je ne sais rien, les pierres
Du chemin, et toi.
Son nom.
Qui attise les passions.
Qui nous fait écrire, quel tour de force, celui que nous moquions, sa très grande faute, il parlait mal, d’ailleurs, savait-il au moins lire.
Ses cendres sont à peine tièdes, et nous les remuons avec un bâton, que nous le voulions ou non, nous en parlons.
Nous parlons de lui.
Il nous attire.
Il a chanté « J’oublierai ton nom »
Peut-être est-ce là tout ce que nous lui reprochons.
Que nous lui envions.
De mourir vraiment quand nous mourrons.
Et que de nous il ne reste rien.
Son nom, au néon, au frontispice d’un Panthéon.
Son nom.
Prendre le sentier. S’essuyer les pieds avant d’entrer.La forêt est une maison, on pourrait presque se déchausser. Les fougères sont froides, elles se sont éteintes avec la fin de l’été. Le matin, maintenant, elles crissent d’un gel léger, un vieux cuir desséché.
Les oiseaux sont là, mais on ne les entend plus.
« Mai ist vorbei, kein mood mehr for love fur den Vogel, Schaukelchaise ».
Siggi avait raison.
Le seul qui me parlait encore ici, c’était le torrent.
Sa voix de basse.
Tessiture de rocaille.
Nous sommes un pays de Galles, tout là haut, dans un repli, une encognure. Notre terre, comme un accroc, une fêlure, dans le coin d’un tableau. Nous parlons notre sabir, nos accents, coupants, nos ghettos les plus sûrs. Ici, le soleil tape, l’hiver tape, ce pays est une forge et nous dormons sur son enclume. Qu’y a-t-il de vert, de bleu ici, les yeux de nos pères, rougis, et noirs, revenus de la fosse, soutiers aux enfers.
Au sang mêlé du
Soir, prince sans terre errant
En ses cieux gris-noirs.
Les pas
De la promenade,
Qui s’inscrivent.
Dans
La poussière
Du chemin,
Leurs traces,
Autour
De la glaise
Où poussent
Les roseaux.
L’étang,
Où
Tourne
Tous les jours
Le même homme
Solitaire,
Derviche
Qui prend
Dans le filet
De ses voltes
Silencieuses,
L’antienne
D’un foulque.
Tous les jours,
Les mêmes pas,
Autour
D’un même chant.
Ses grincements.
Kow, kow, kow.
Au loin un trait noir,
Virgule débile du corbeau
S’approchant. Croa.
La lande, qu’accable
Le rauque des corbeaux, leur chant
Au jour qui s’éteint.
L’effroi
D’un mot
Qui refroidit
Sans avoir dit
Les pourquoi ?
Les pour toi
De sa mélodie.