Miscible missive
Entre les lignes,
Mon jus de citron, qui pique
Peut-être vos yeux
Entre les lignes,
Mon jus de citron, qui pique
Peut-être vos yeux
Écrit sur une peau, livre des heures, l’ombre des lettres s’étire, l’été finissant, le crayon rebondit sur le sillon d’une gerçure, le récit se ride, plissé d’une voix, bruine d’une main, d’un visage, sur le grain du papier, sous la peau, circule un sang noir de fumée, des veinules qui s’enroulent, encre caillée d’un motif maori.
Cette nuit, salmigondis, entre le gras du cauchemar, une effraction douce, la queue d’une comète, la maison de mes grands-parents, dans le salon, j’ai touché les volutes de bois du bahut.
Mes bien très chers,
Il y a d’abord, translucides, rondes et grises comme des tranches de radis, les écailles-daikon vernissées du poisson, et je regarde filer ces lances argentées, je ne pêche pas…
A bientôt.
Votre A.K.
Fendre une ardoise.
Lire dans la lauze, l’empreinte, le sceau-cylindre d’un nautile, le cachet de cire d’un prince.
Trouver.
De la pierre sèche.
Une haie, de la ronce, et ses épines.
Pourvu que cela soit un mur.
Petits moellons roses de l’aubépine, des lauzes, feuilletage noir de l’ardoise.
Un mur.
Et son ciment, petits rouleaux de papier glissés là, à la jointure, entre deux pierres, piqués à la boutonnière, sur le plastron du buisson.
La haie, le mur.
Ni lamento, ni déploration, une étagère.
Aux interstices de la pierre, à la pointe des fleurs, des petits mots qui murmurent.
Je vous baptise Aldébaran, vous qui ne dites jamais rien, visiteur du soir ou du matin, petit point brillant d’un quasar américain.
Pourquoi vouloir aller de l’avant.
Je tourne en rond.
Je trace des cercles autour de l’étang.
Une manière de chemin.
Compostelle est là.
Mes chers parents,
Papa,
Maman.
Si aimants.
Je vous dis si peu.
Et pourtant.
On n’écrit qu’aux survivants.
Aux abonnés absents.