ce que vos yeux vairons

Catégorie: l’armée des ombres

H rde

Commutation du
A en O l’homme qui sort du
Troupeau, en barbare

Littéralement

Leiche. L’écrire en
Italique, parce qu’il est
En train de tomber

Buchstaubzauber

Nihilomètre.
Poème-fleuve en basses
Eaux. Poussières d’os

Cité radieuse

Je souffle.
La surface de la photeau se trouble.
La photo.
Rosa se ride.
Je souffle, elle grandit, je souffle.
Il ne reste plus de peau sur l’os.
Un lambeau rose, presque.
Il pend comme un vieux rideau, fenêtre d’une orbite, la vitre a volé en éclat.
Tempête dans un verre d’eau.
Ne plus souffler.
Juste une buée tiède, de bouche à joue.
Le sortilège, le haut d’une pommette, qui rougit.
Rosa, pomme d’api.
Le temps, retourné, ruban de Möbius,
La paix, sur le petit papier noir et gris.

Le gardien

C’est un rectangle, en pente douce, peut-être la seule chose douce ici, le très vieux cimetière, avec de très vieux morts, la mousse remplit les noms en creux sur les stèles, et le grès fond, peu à peu, les tombes tombent, dessous la terre, les morts se recroquevillent, jusqu’à ne plus laisser trace d’eux, et le terrain s’affaisse, les pierres se couchent, l’été, une paillasse d’herbes hautes, l’hiver, dur, un châlit, la terre brune.
Et les pierres redeviennent cailloux, chapelure des os, tous les morts, depuis longtemps, ont poussé entre les branches du très grand arbre qui vit ici.
Une vigie, un phare de bois, lanterne ultime, un grand chandelier, dont blanche, chaque fleur au printemps est une goutte de cire prête à s’enflammer.

Quarteron

Le vieux pêcheur, qui ne pêche pas.
Il observe le vol d’un rapace, son ombre par dessus les champs.
« Eine Weihe! Bou-zarde ! », et son geste ample, un éventail qu’il ouvre vers le ciel.
Il fait l’effort, alors j’approche.
Mon approche, de quel genre, Adler ?
« Adler ? »
Hum, il hoche la tête.
« Kleiner », et il rapetisse l’oiseau, l’aigle fond, son envergure s’ajuste, et le bou-zarde se fait busard.
« Ah,jo »
Les aiguilles gothiques du hochdeutsch s’arrondissent.
« Du rädscht platt ? »
Je hoche la tête.
Tout ce qu’il me dit alors, dans notre langue, les sept sources, les écrevisses, il fait le geste, il claque des doigts, comme on claque des pinces, le temps passe, l’étang est rond, une table ronde, il n’y a pas de frontière, « Bis bald ! », nous sommes dans le cercle.

Énumération

Erre.
Je me cogne, et le sang, aux arêtes grises des blocs de ciment.
Un labyrinthe vide, des cénotaphes, une vallée des Rois ?, vallée de la mort, s’enfoncer dans le boyau, jusqu’à frôler les restes du Minautore, la bête est morte, la longue litanie des noms, sept ans de psalmodie, donner un nom à tous ces grains de sable, un visage passé au lait de chaux rosit lentement, et retourne à la nuit.

Leichen, Eichen

Hans, Peter, et Rosa.
Vous n’êtes pas morts bien longtemps.
Le temps de vous trouver, et vous voilà papier.
Ma mémoire est une urne, vos cendres ont fécondé un grand arbre, dont on fera peut-être une pâte, un grand chandelier.

Sang titre

Le décor.
De haut en bas.
Le jaune du soleil, et son blanc, qui est bleu, le ciel est un oeuf.
Feu vert, un pin parasol, et tout cela qui se brouille dans l’eau claire, la mer.
Entre l’eau et le ciel, un pli de terre, une langue blonde, du sable, une langue, Cybèle, petite cloche d’étain dans le lointain, la Dalmatie, et son confetti d’îles, si jolies.
Se promener, des billots de bois flotté, des troncs ébranchés, de l’os de seiche, y tourner des chandeliers, des troncs noirs et lisses, où sont passés les bras, l’écorce en lambeaux, fortune de mer, les arbres, les hommes font la planche, marée noire sur des plages qu’elle carie, le goudron a un goût de sang venu d’Abyssinie.

Portrait d’une fleur

Les tourbières, qui tannent les souvenirs, comme au Nord, le cuir des morts, la peau des roses, la dragée des pétales, voyez ce qu’il en reste, un acide sépia.
Du limon du passé, de cette terre bonne qu’à brûler, ne rien attendre.
Une flamme maigre.
Fouiller les cendres, entre mes doigts, farine de Rosa.