ce que vos yeux vairons

Catégorie: écriture

Jeu d’orange

Panier de kakis
Un soleil de fruits se lève
Dans la cuisine

Dans les rues

Les jours se roulent en boule, novembre
J’aurais aimé connaître le geste de l’allumeur de réverbère
La traînée lente de sa poudre dans la nuit

Baptisterre

De tous les arbres qui poussaient chez nous.
Un mitage de vergers, dispersés à travers champs, entre les maisons.
Ils étaient, faites place, le roi passe, mirabellier suave, quetschier musqué, poirier.
Poirier rabougri, aux fruits durs et verts, insolite.
Un cerisier, que j’aimais, à son pied, un massif d’heuchères, couleur foie-de-veau, on passe ainsi du rosat le plus tendre, au plus sombre, lie-de-vin, le fond du jardin, un nuage, jus de joue rosée, jus d’orange sanguine, un coin de tableau doux, et son nuancier, résine, gelée-de-coings, vaporeux d’un Léonor Fini
De ces immeubles, tout a été vendu, la maison au cerisier, aussi.

Pousse ici, maintenant, un vieux mirabellier, résurgence du verger d’à côté, qui a passé la clôture, passager clandestin, qui porte peu, ou rien, il a ses papiers, depuis le temps.

Je n’en ai planté qu’un.
L’arbre à coings.
La terre, sigillée,
Sceau de ses racines, au bas du cartulaire
Je signe du pouce, encre brune et noire de l’humus

Rub al Khali

L’hiver-Aral, ses
Sables, où s’enlisent les
Couleurs, arc-en-rien

Dormition

Le petit bras dormant, tout au bout de l’étang.
Plus que pénultièmes, il y a les champs.
Les feuilles de nénuphar se sont retirées dans les profondeurs, sous-fleurs, comme sous-tasses d’un service à thé, bol raku, remisés pour l’hiver.
Ne reste des fleurs qu’un rostre, qui pointe son poing à la surface.
Les pétales jaunes.
Peut-être, s’il ouvre la main, séchés, dans sa paume, comme débris de piécettes, dans la sébile d’un mendiant.

Binôme

L’étang, l’otage, étant otage de l’étang, syndrome de quoi, Stockholm inversé, tout est consenti, je m’impose à lui, il improvise, apprenti, alors le soir, je ferme la porte sur moi pour lui

En bleu

L’ombilic qui me
Lie à l’étang, autour de
Mon cou, voir la vie

Faria

La brume, immobile.
Les roseaux sont barreaux noirs,
Et le vent les rouille

Nabi

Au bout de la brume,
Derrière la digue, les aplats
De la bruine, tableau

Stille Nacht

La brume. Relique
Du rêve, à la remorque
Du jour, la lune, blanche