Pain de guerre
Au verger, laisser
Le miel, retrouver l’azyme,
Le maigre des brumes.
Au verger, laisser
Le miel, retrouver l’azyme,
Le maigre des brumes.
Le torrent, Roland
Furieux, éveil du val quand
Fond le ciel. Bouillons.

Le cou gracile
Des sapins, où se déchire
Le tulle de la brume.

Jpeg
Tu es l’emmêlé,

Métis, fils d’un brassin d’or
D’azur. Grünewald.

Jpeg
Le sillon, lèvre
De glaise, une mer, ses vagues
Vertes qui s’écartent.
La forêt est une
Orangerie, y poussent les
Plus doux souvenirs.

Dans le placard, tout est mélangé, les bols, avec de vieilles épices, le café sent le curry.
Du pain, du lait, il n’y a pas à se casser la tête, ça laisse du temps pour tout le reste, un temps que rien n’entrave, je ne cuisine pas.
Je n’ai pas fumé depuis trois jours. Les cigarettes que j’ai ne sont pas fortes. Le désintérêt. Il n’y a pas de manque, ni de regrets, j’attends le retour de la convoitise, pour cela, il faudrait d’autres cigarettes.
Je suis fatiguée, d’une grande fatigue, peut-être comme celle des alpinistes qui gravissent des montagnes sans oxygène.
Je dors lourdement. La nuit, être enfouie sous des décombres, ne pas pouvoir sortir de la nuit, son poids énorme qui m’oblige à fermer les yeux, et j’arrive au matin, je lève mon corps de plomb, je ne suis débarrassée de rien, la fatigue s’accumule sans trêve. Ses strates géologiques.
Je suis bien là où je suis, sur des limites.
Les magasins sont loin, et proches, quand il le faut.
Ici, la maison et moi sommes les derniers gardiens avant la forêt.
Je suis là, posée sur son ourlet, à la frange de ses lèvres, un mouvement, et elle m’engloutit.
Je suis là, tout contre son bois, elle me tient chaud, et je lui tiens compagnie. Elle ne m’a pas encore chassée, ça va, elle ne s’ennuie pas, enfin je crois. Elle me tolère.
Passer die Schranke, la borne-frontière, je lui rentre dedans.
Etre dans la forêt.
Les troncs, immenses et blancs, des baleines dressées vers le ciel, les os d’animaux gigantesques.
La terreur, comme lorsque j’entre dans une cathédrale, la peur du divin qui pourrait s’abattre sur moi.
Toutes ces choses, ces pierres, ces voûtes si hautes, l’obscurité est partout, passé deux mètres, la lumière fond à mesure qu’elle approche du sommet de ces édifices.
Des églises, comme des forêts, il faut sortir, pour apercevoir à nouveau le ciel.
Posée sur mon bras,
Une abeille de rien du tout,
Attaque de Stuka.
Le laque noir d’une
Virgule, pointe d’une fibule,
Stylet et venin.
Je ne pourrais trouver de meilleur bout du monde que là bas. La forêt est vide, ne la traversent que les lances transparentes des rais de lumière, et le bruit du torrent. Et la glace bleue du ciel, à peine rayée par l’épine de l’aile d’un oiseau.

Jpeg