Les 84 coups de minuit
Dans la maison aux
Bois dormants, compter le temps.
Ils sont 7, horloges,
Pendules, coucou à
Donner l’heure à la nuit en
Canon. 12 fois 7.
Dans la maison aux
Bois dormants, compter le temps.
Ils sont 7, horloges,
Pendules, coucou à
Donner l’heure à la nuit en
Canon. 12 fois 7.
Je suis de l’ubac, toi de l’adret.
Juste de l’autre côté de la forêt.
Une montagne, et ses versants.
Sa ligne de partage des eaux.
Les os de nos pères.
Ligne de fracture, les mots, la frontière.
Les mots qui s’emmêlent, passée la plaine.
Ils s’en mêlent pour nous.
Schaukelchaise, ein schöner bonjour.
Une rangée de sapins en sentinelle.
Mes yeux la voit bleue, garance, et terre de France.
Ici, au fond du vallon, la forêt te ressemble, mélancolique et sombre, la tombe du soir.
Buvons, Siggi, et disons de la poésie, ta forêt est noire, mais demain.
Les sapins ne se font pas la guerre, ni noirs, ni bleus.
Les arbres ont couleur d’arbre, tellement verts, et je lève mon verre, Bruder.
Zum Wohl !
Die Sonne brille wieder.
Je mute, dans mes doigts,
Du levain, de la pâte à
Bois, je lève enfin.
De la glaise, gâchée
Au terreau, aventurer
Un pied. Attendre.
Un octobre d’érables, de feuilles-bougies en incendie, le feu sur ces vénérables, et la pluie qui cire et panse leurs têtes rougies.
Il a des allures de cimetière.
Ce vert-de-gris, le marbre des arbres.
Le silence de pierre des oiseaux.
Je reste sur le pas de la porte.
A la jointure.
Entre le chaud,
Et toutes ces peaux mortes.
Semblable à un rognon de silex.
Dans ma main.
Un os de cerf.
Un percuteur pour casser son noyau dur.
Ouvrir la pierre.
Sa tranche lisse.
Un quartier d’orange noir.
Brillant.
Pépins de mica.
Et des inclusions grises.
Des veines marron.
Ainsi, la nuit.
Rien n’est vraiment sombre.
Il y a là toutes ses moires.
La lune, derrière un nuage.
Et la fonte du brouillard.
Lessive de la bruine où se disperse la lumière.
Le ciel, la brume.
Et dans la nuit.
Une joue argent.
Le rai d’une éclaircie.
La nuit tombe sur le vallon comme une pierre. Tout s’obscurcit, le jour bat en retraite, sous les arbres, quelques restes de lumière, un soir pâli, bientôt souillé de suie, comme un animal pris dans le sillage d’une seiche, et de ses jets d’encre.
Loin au-dessus des sapins, un jour aminci, rose, puis gris, puis la lutte prend fin.
La nuit étend son empire, son manteau de sacre noir.
La maison, roulée
En boule sur ses bardeaux comme
Un bon chien. Elle veille.
« La cité de la
Joie », déjà pris, hier, ein Bach,
Que ma joie demeure.