ce que vos yeux vairons

Catégorie: FGPTC

Explication de texte

« Il lui a dit quoi ? » demanda René
« Effacez moi. Il lui a dit « Effacez moi ».
« N’y vas pas » dit Irène

Fer rouge

Le visage blet
De la quiétude. Qu’on me
Rende mes tourments.

Le chandail

Sa mie bise. Et rêche. Un feutre. Ses points lisses que des doigts et leurs gerçures avaient cardés. Les grains de blé, les torsades usées qui éraillent la peau, les rondes-bosses du tricot, comme des échardes plantées. La laine mouillée qui a retenu l’eau et le givre là haut quand le cuir des vestes trempées s’alourdissent. Le col roide comme une minerve. Hedda passa son cilice. Rien d’autre que le froid. L’odeur de la graisse. Et son suint.

Hiver

Ciel de cellophane.

Le soleil sous le brouillard

Comme un cierge pâle.

Inversion de la poussée

Lire l’invisible.

Croire au braille d’un aveugle

Là. Au bout des doigts.

Les craies

Le froid, un bouillon gras. Contre la nuit, il n’y a pas de remède. Les doigts gourds contre le bol, la fenêtre ouverte. Entrent les bruits, et regarder le ciel, sa peau noire que zébrait le knout d’une caravelle. Les dessins d’une blessure qui ne saignait pas.

 

 

Au coin du feu

Hedda et Satan.

Elle lui parlait allemand.

La langue des enfers.

Du paradis,

De la poésie

Des blessures,

Une langue

De combat.

 

L’Alfa

« Il y a un mois. »

« Tu n’étais pas là »

« Victor et elle ont eu un accident. Ils ont pris la petite route par la forêt »

« C’était après l’entraînement. On les attendait, Irène et moi » dit René

« La route était grasse, un verglas d’été »

« Hedda a été projetée dans le pare-brise »

« Pas foutue de mettre sa ceinture. Et l’autre, là, il conduit comme il vole. Un vrai manche… » cracha Max

« Hedda avait mis sa ceinture » dit René

« Tu ne me demandes pas comment elle va ? »

Le coup

René ne dit rien.
Il laissa venir.
Il laissa venir Max et son tumulte jusqu’à lui.
Il attendit.
Les peaux de Max.
Tendues comme une membrure.
Prêtes à rompre.
Tendues sur les mâchoires.
Les phalanges blanchies à la haine.
Le point de rupture.
La lézarde.
La fissure de la voix.
Un barrage mis en eau.
Et les flots de la rage.
Son exaltation à salir.
A sonner son adversaire.
« Quoi ? Hedda, Hedda, tu n’as que ce mot à la bouche. Tu ne sais pas ce qu’elle… »
Max ne finit pas son orage.

René ouvrit la bouche.
« Non. Toi, tu ne sais rien. » dit René
« Tu es le meilleur d’entre nous Max. Mais c’est tout »
« Tu es le meilleur. Tu voles très haut. Tu voles très bien. Tout le monde t’admire. »
« Mais que sais-tu d’Hedda ? »
« Tu ne sais rien. » dit René

« Quoi ? Mais tu sais qu’elle a voulu… » répondit Max
« D’ailleurs je l’ai un peu secouée. Fallait bien, sinon, Dieu sait ce qui se serait encore passé. Elle nous aurait fusillé le Stampe, et alors ? »

« Et alors quoi ? Une gifle et on règle tout ? » jeta René
« Tu voles bien, mais tu parles mal, Max » dit René

« C’est ça, défends la, allez ! » cracha Max
« Elle se fout en danger, et tu le sais aussi bien que moi ! »
« Tu lui passes tout, mais ce n’est pas un jeu ! Là haut, on n’a pas le droit à l’erreur, et toi, tu la laisses faire. Bon Dieu, René, ouvre les yeux ! »

« Je sais ce qu’elle vaut, Max » dit René
« Je sais ce qu’elle encaisse »
« Elle est loin d’être la meilleure, mais elle s’accroche, tu n’imagines pas »

« Ouais, C’est ça. » siffla Max
« Elle est nulle »

« Techniquement, elle ne t’arrivera jamais à la cheville, c’est vrai. » dit René
« Mais tu ne sais rien d’elle ».

« Tu te répètes, je ne sais rien, je ne sais rien. Et puis ? »
« Ce que je vois me suffit »

« Ah oui ? » répondit René
« Et tu vois quoi ? » demanda-t-il à Max
Max ne répondit pas.

« Tu t’es déjà demandé pourquoi elle ne nous accompagnait jamais le soir quand on va boire un verre au Stratus ? » demanda René

« C’est une bêcheuse, c’est tout. Elle fait bande à part. Je n’aime pas ça »
Le dédain de Max.

« Tu te trompes, Max » lui dit René
« Elle ne peut pas »

« Quoi, qu’est-ce qu’elle ne peut pas ? On n’est pas assez bien pour elle ? » jeta Max

« Elle ne peut pas traverser le pont. Pour aller de l’autre côté. »
« Au Stratus » dit René

« Mais qu’est-ce que tu racontes ? C’est quoi, ces histoires de pont ? Elle ne veut pas marcher à pied ? » ricana Max

« Hedda a le vertige »

Au pied du mur

L’air vibrait.
Suspension des souffles.
Des yeux qui se jaugeaient.
Et les mots vaches.
Les phrases lancées comme des haches.
Là où la chair était tendre.
Là où cela ferait mal.
Les mâchoires de Max.
Des os, des rasoirs qui craquaient.
« Eh bien, vas-y ! Vas-y ! »
Et il la poussa.
« Mais vas-y ! Montre ce que tu sais faire ! »
Un pas en arrière.
Hedda.
« Tu fais moins la fière, hein ? »
« Tu sais ce qui t’attend là haut ? »
« Qu’est-ce que tu crois ? Que tu vaux mieux que nous ? »
« Crashe-toi ! Et bon débarras ! »
Avant que la main ne parte, et ne trouve sa joue.
Hedda recula encore d’un pas.