ce que vos yeux vairons

Catégorie: FGPTC

L’entrée atlantique

Là où elle se tenait.
Elle voyait les nuages se carroyer.
Fil de trame, fil de chaîne qui se croisaient
Les nefs zébraient la lisse des cieux.
Navettes d’acier qui glissaient et traçaient leur dessin silencieux.
Sa nuque avec le temps avait pris une courbure étrange.
Jetée trop en arrière.
A trop guetter en son désert celle qui ne se poserait pas.
Hedda était endurante.
Et endurait.
L’ankylose de l’attente.

« Le ciel finira bien par redescendre sur terre »

Breitling 1949

Du temps où rien ne comptait.
Celui où ils furent eux.
Un et une.
Deux.

Le choix de la montre.
Hedda mit du temps.
Prit du temps pour trouver celle qui conviendrait.
Défilèrent les heures, les chronographes compliqués.
Des montres lourdes.
Trop maquillées.
Des montres de conquérants.
Elle voulait juste une montre de pionnier.
Une montre simple.
Un cadran.
Un bracelet.
Une montre d’honnête homme.
Puis elle la vit.
Cadran noir.
Bracelet noir.
Une montre furtive.
Discrète.
Mais pas timide.
Alors elle écrivit.
Et l’acheta.

Une semaine plus tard, vint le paquet.
La montre.
Dans une boîte de bois noir.
Et la lettre qui l’accompagnait.

Chère Madame,
J’espère que la montre répondra à votre attente.
Un bref de son histoire :
J’avais 15 ans (j’en ai 78 !) quand j’ai reçu cette montre des édiles de la ville de Genève comme récompense à ma victoire aux championnats de Suisse Romande de Judo.
Depuis, elle a été correctement entretenue, mais je ne la porte plus, et j’espère qu’entre vos mains, elle continuera à « vivre »
Agréez, Madame, l’expression de mes respectueux hommages.

                                                                            M.N.

Hedda.
S’installa à son bureau de bois.
Choisit un papier épais.
Un beau papier.
Un timbre de collection.
Un timbre pour remercier.
Et elle remercia, les yeux brouillés.
Elle assura le passeur qu’elle essaierait d’être à la hauteur de l’héritage.
Et qu’elle garderait la montre.
En prêt.

« Les affinités électives »

Ici, des surcroîts d’air et d’eau.
La maison.
Les reins lourds de ses murs.
La chair noire de son granite.
A la lutte avec le fouet de la pluie qui cingle.
Hedda.
Ses ivresses de tempête.
De terre qui gronde.
De mer en assaut.
Moussant son écume de rage sur les falaises.
Et le vent
L’ordonnateur de tous ces déchaînements.
Un volcan.
Et la lave froide du gros temps.
Hedda courut contre le vent.
Et s’y incorpora.

La vallée du Rift

« Ne me volez pas »
Max parlait à Hedda.
Et posa sa tasse de café.

Exotique

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V1

L’Iso Grifo. Ses flancs sués, comme une cavale. Max avait roulé. Jusqu’à la tête de la terre, jusqu’au bout extrême de ses cheveux, là où elle se laissait aller en mer.
Il était là, bras en croix, comme un calvaire. Alors il se mit à courir contre le vent. Longtemps. Jusqu’à la portance.

Phare, away

Le pierrier, un désordre de rochers.
Les trier par ordre de grandeur.
Les plus lourdes pour le socle.
Puis élever le tas, pas à pas.
Garder pour l’avant-dernière rangée,
Des cariatides au cou puissant,
Les porteuses.
Les épaules de la lanterne.
Le phare montait.
Au treuil de ses bras,
La lanterne monta.
Et la lentille se mit à tourner,
L’île était signalée.
L’attente commença.
Mais la piste était balisée.
Max saurait se poser,
Même sur le chas d’une aiguille.

Le chemin

Composteller sa
Route comme un seul homme, trouver
Une voie, immobile.

Ondée

Hedda bassina ses pieds dans l’herbe froide du matin. Par une porte poussée coulaient sur le jardin de minces rus qui charriaient les sons, les odeurs, les clartés étouffées du grand salon. Hedda attendit la pluie, et que cessât la rumeur. Le jour gagnait sur sa nuit.

A la criée

Ecrivain
Si vous n’attrapez
A la ligne
Le banc de mes mots
Dans vos filets,
Ecriplein,
Si vous vous repaissez
Des phrases
Que j’ai laissé filer.