Chaudron
Fermer les yeux, se
Laisser brûler par la glace.
Le feu de l’hiver.
Fermer les yeux, se
Laisser brûler par la glace.
Le feu de l’hiver.
Le givre, ses bas
De froid, sur les branches et les
Jambes. Dénudées.
L’autoroute.
La montée du col de Saverne.
Là où la vitesse est limitée.
Monter.
Plus lentement.
L’Iso Grifo
Allait toujours trop vite.
Ouvrir grand les yeux.
Les fermer.
Compter jusqu’à trois.
Le clocher avait déjà disparu.
Un, deux, trois.
La forêt l’avait déjà avalé.
Une autre fois, peut-être.
Rouler moins vite.
Pour le garder encore.
Au bout des yeux.
« Il y a un mois. »
« Tu n’étais pas là »
« Victor et elle ont eu un accident. Ils ont pris la petite route par la forêt »
« C’était après l’entraînement. On les attendait, Irène et moi » dit René
« La route était grasse, un verglas d’été »
« Hedda a été projetée dans le pare-brise »
« Pas foutue de mettre sa ceinture. Et l’autre, là, il conduit comme il vole. Un vrai manche… » cracha Max
« Hedda avait mis sa ceinture » dit René
« Tu ne me demandes pas comment elle va ? »
Composteller sa
Route comme un seul homme, trouver
Une voie, immobile.
Le grand arbre
Pousse son aiguille
De bois jusqu’au ciel,
Son écharde en troue
La peau qui saigne
Sur la terre
Le sang pâle
D’un nuage.
Quel rabot
Acéré
A équarri
Votre visage,
Giovanni,
En méplats
Amincis ?
Je redoute
Le jour
Où vos yeux
Ne diront plus
Léopardi,
Et qui verra
De votre bouche
Couler
La boue
Que vous
N’aurez su
Laver.
Divorcer de la fureur du monde,
S’enfoncer en soi comme en futaie profonde,
Etre à son désert, écouter le vide,
Faire sa mue. Tentation de la chrysalide.
Chaussures fourrées, trop
Petites aux pieds. Plantes nues,
En sang. Sans entrave.
Forestier, veilleur
De nuit, épaisseurs, silence,
Havre vide, murs nus.