Humeur vitrée
Mes mains, comme ces singes des sources chaudes engourdis, cramoisies
Mes mains, comme ces singes des sources chaudes engourdis, cramoisies
Velours, dix doigts froids
En crochet, limaille de
Peau sur les carreaux
L’odeur verte et brune,
Vertébrale de la vase,
Son sceau-cylindre.
Mystère à la cour
Des miracles, Dieu est un
Vendeur de vin chaud.
Qu’ai-je broyé entre mes doigts, qui crèvent. Le verre pilé du froid porté par le vent, et mes mains s’ouvrent comme des fruits trop mûrs, et j’essuie sur ma bouche un suint tiède, le goût de fer du sang, figue violette, caviar de la grenade, l’hiver, et son sucre amer.
Je l’aime de brume et de froid, quand monter là-haut me brûle les doigts, et que le vent gris raye tout de sa lame, le renierai-je, quand pour d’autres il poudroie, du bronze de ses roseaux, et de l’or du chant de ses passereaux.
La nuit,
La nuit, je dors,
Tu vois,
Ce qui s’avance
Vers moi,
Des masques
Sans chair
En grotesque
Charroi,
La nuit,
La nuit, je dors,
Je crois,
Et ce qui
Jamais plus
Ne me vient,
En grand arroi,
Le songe,
La trace
De ta voix.
Au fond du bol froid, riche et gras, le bouillon, des rondelles de carotte, de petites mottes, des quartiers de navet, pris comme des icebergs dans la glace de la graisse, des écheveaux de poireau, chevelure verte et grise d’une Ophélie voguant sur la mer calme de la soupe. Lui donner vie, à la soupe, la poser sur le feu, regarder, humer la débâcle, la merzlota qui fond au fond de la marmite. Sortir une cuillère, une assiette. C’est prêt.