ce que vos yeux vairons

Catégorie: Grégoire le bagagiste

Géostationnaire

« Elle est ici ? » demanda Max
« Oui, Hedda est chez nous » répondit René
Irène jeta un oeil à l’étage. Le haut de la maison était muet comme un tombe. Hedda dormait peut-être pour une fois.
Les yeux de Max, à la traîne de ceux d’Irène, et leurs têtes qui se levèrent lentement, l’une après l’autre.
La voix de René, comme une faux, un ordre qu’on ne discute pas :
« Laisse la »
Puis la faux se fit faucille:
« Viens avec moi au hangar, j’ai des choses à te montrer… »
René accorda à Hedda le temps d’une trêve.

Premier quart

Ribambulles
De savon,
Chenilles
En procession,
Envolée
De sequins
Qu’irisent
Du soleil
Les rayons,
La nacre
Lente
D’un papillon
Qui déambule
En robe
De brume,
La nuit
Va au lit
Et le jour
Allume
La lumière
Au salon.

Chat perché

« Si vous me lisez,
Si de ce temps particulier
Qui a vu des chaînes
Se défaire et puis tomber,
Si votre mémoire
Ne s’est pas froissée,
Si de ce que je vous ai écrit,
Seules, sages, les pages
Et l’encre ont pâli,
Si le temps qui va
Doucement coulant
En un filet d’eau
Qui s’entête et ne tarit
Pas encore, alors
Soufflez, soufflez
Sur les brûlis,
Dessous les cendres grises
S’attise un feu
De février, bûcher
De bois dormant,
Crayon, papier,
Mots grésillants,
Chauffés à blanc,
Ronde muette
D’une ritournelle… »

Hedda chantonnait. L’horizon dégagé, le ciel lavé à grande eau révélait son bleu ciel immaculé. « …qui dit entendez-vous quand je vous appelle ? »
Satan s’étira et lui tourna le dos. Le mélo, c’était pas son truc.

Défense Alekhine

Sur la B.A.U., l’Iso Grifo se montra sans pareil. Il lui manquait juste une paire d’ailes pour faire le poids. Pour une fois, elle avait l’avantage. Hedda était nulle aux cartes, sauf à la bataille. Pas besoin de bluffer. Son plan de vol déposé, avec le kérosène embarqué, Max perdait des pions, il le savait. Il comptait sur une alliée. Sa fatigue, à elle.
« Tu finiras bien par te poser » murmura t-il

L’oiseau-lire

Sa plume, son bec,
Qui crayonne le ciel d’une
Mine réjouie.

L’atelier

J’ai saisi la canne brûlante du verrier, l’âme de mes doigts s’y est brûlée. Le charbon s’est fait crayon, et souffle le Biot de ses mots, lourds de leurs bulles d’air qui s’élève, et que jamais plus vous ne cueillez.

Sachez

J’ai laissé un jour que je crus doux se marquer des stigmates du doute, et les leurres et la douleur ont dissout la chair tendre d’un coeur resté immobile sous la dernière étreinte murmurée de votre coup.

Pavlov

Bougie Gambier
Habit Rouge
Cigarette d’été
Rien ne bouge
Monte une fumée.

Instantanés

Horizontaux
Et silencieux,
Muets
les mots,
Plane,
Une photo
Maigre
Qu’un doigt
Lisse,
Lisant
L’aveugle
D’une ronde-bosse
Ranime.
Rosir
Une joue
De papier.

Vos iris

Les miettes,
A la fin
Du repas,
Le passé
Qu’une main
Qui se distrait
Sur la toile
Cirée
Cueille,
Entre le verre
Et la cigarette
Posée,
Quatre photos,
Votre regard
Qui se disperse,
Penché.
Sauf une,
Mais la vitre
L’a voilé.