Last waltz before nowhere
Retourner en. Où.
En arrière, faire tourner
L’hélice à l’envers.
Retourner en. Où.
En arrière, faire tourner
L’hélice à l’envers.
Un Bob, des Ray-Ban,
Un Robin, ou bien un treuil,
Hasta la vista.
« Vous souvenez-vous, Max ? »
Hedda écrivait.
« Vous souvenez-vous de ce samedi ? »
« Un samedi de lucernaire, j’avais allumé ma bougie, et je vous ai écrit. J’ai écrit pour vous pour la première fois.
Je vous avais dit.
J’allume ma bougie, et je vous écris.
Je suis aux Gambier.
Après les mots d’avril, il y eut vos mots de juillet.
Deux mots, les pierres d’une lapidation.
Effacez-moi.
J’ai bien essayé.
La noyade.
Les profondeurs, sans les joies de l’ivresse.
Vous m’aviez dit aussi, vous en souvenez-vous, que faites-vous dans…
J’ai pris mon temps.
J’ai mis le temps.
J’ai tout envoyé valser.
Un bel Immelmann.
Je suis enfin là où vous me voyiez.
Une pirouette.
Et je vous écris.
J’écris »
Entre ses côtes
De fer, assembler Jonas,
Lui faire prendre l’air.
Vous me copierez,
Sans foi, ni loi,
Je ne volerai plus
(Sur)
Les jouets
De mes petits camarades.
Allez.
TO/GA
Le froid, un bouillon gras. Contre la nuit, il n’y a pas de remède. Les doigts gourds contre le bol, la fenêtre ouverte. Entrent les bruits, et regarder le ciel, sa peau noire que zébrait le knout d’une caravelle. Les dessins d’une blessure qui ne saignait pas.
« Il y a un mois. »
« Tu n’étais pas là »
« Victor et elle ont eu un accident. Ils ont pris la petite route par la forêt »
« C’était après l’entraînement. On les attendait, Irène et moi » dit René
« La route était grasse, un verglas d’été »
« Hedda a été projetée dans le pare-brise »
« Pas foutue de mettre sa ceinture. Et l’autre, là, il conduit comme il vole. Un vrai manche… » cracha Max
« Hedda avait mis sa ceinture » dit René
« Tu ne me demandes pas comment elle va ? »
René ne dit rien.
Il laissa venir.
Il laissa venir Max et son tumulte jusqu’à lui.
Il attendit.
Les peaux de Max.
Tendues comme une membrure.
Prêtes à rompre.
Tendues sur les mâchoires.
Les phalanges blanchies à la haine.
Le point de rupture.
La lézarde.
La fissure de la voix.
Un barrage mis en eau.
Et les flots de la rage.
Son exaltation à salir.
A sonner son adversaire.
« Quoi ? Hedda, Hedda, tu n’as que ce mot à la bouche. Tu ne sais pas ce qu’elle… »
Max ne finit pas son orage.
René ouvrit la bouche.
« Non. Toi, tu ne sais rien. » dit René
« Tu es le meilleur d’entre nous Max. Mais c’est tout »
« Tu es le meilleur. Tu voles très haut. Tu voles très bien. Tout le monde t’admire. »
« Mais que sais-tu d’Hedda ? »
« Tu ne sais rien. » dit René
« Quoi ? Mais tu sais qu’elle a voulu… » répondit Max
« D’ailleurs je l’ai un peu secouée. Fallait bien, sinon, Dieu sait ce qui se serait encore passé. Elle nous aurait fusillé le Stampe, et alors ? »
« Et alors quoi ? Une gifle et on règle tout ? » jeta René
« Tu voles bien, mais tu parles mal, Max » dit René
« C’est ça, défends la, allez ! » cracha Max
« Elle se fout en danger, et tu le sais aussi bien que moi ! »
« Tu lui passes tout, mais ce n’est pas un jeu ! Là haut, on n’a pas le droit à l’erreur, et toi, tu la laisses faire. Bon Dieu, René, ouvre les yeux ! »
« Je sais ce qu’elle vaut, Max » dit René
« Je sais ce qu’elle encaisse »
« Elle est loin d’être la meilleure, mais elle s’accroche, tu n’imagines pas »
« Ouais, C’est ça. » siffla Max
« Elle est nulle »
« Techniquement, elle ne t’arrivera jamais à la cheville, c’est vrai. » dit René
« Mais tu ne sais rien d’elle ».
« Tu te répètes, je ne sais rien, je ne sais rien. Et puis ? »
« Ce que je vois me suffit »
« Ah oui ? » répondit René
« Et tu vois quoi ? » demanda-t-il à Max
Max ne répondit pas.
« Tu t’es déjà demandé pourquoi elle ne nous accompagnait jamais le soir quand on va boire un verre au Stratus ? » demanda René
« C’est une bêcheuse, c’est tout. Elle fait bande à part. Je n’aime pas ça »
Le dédain de Max.
« Tu te trompes, Max » lui dit René
« Elle ne peut pas »
« Quoi, qu’est-ce qu’elle ne peut pas ? On n’est pas assez bien pour elle ? » jeta Max
« Elle ne peut pas traverser le pont. Pour aller de l’autre côté. »
« Au Stratus » dit René
« Mais qu’est-ce que tu racontes ? C’est quoi, ces histoires de pont ? Elle ne veut pas marcher à pied ? » ricana Max
« Hedda a le vertige »
Le monde avait ses rebords, son seuil, une antichambre.
Hedda s’y tenait.
A une porte des autres.
Elle leur parlait.
Elle n’attendait pas d’eux qu’ils lui répondent.
Il ne tenait qu’à elle de pousser la poignée.
Mais elle préférait s’adresser à eux, seule à seule.
Ainsi était-elle pleinement elle.
Elle n’était jamais aussi présente aux autres que dans ces conciliabules.
Avec ses souvenirs des vivants.
Les écouter lui parler.
Leurs réponses de pluie et de vent.
Et Max.
Son soleil en rage.
Sa bouche d’orage et de tonnerre.
Ses mots en fracas.
Et le soleil.