Rez-de-rêve, si l’herbe est rouge, et la fleur, bleue

Un été, Hans a écrit.
De rose à Rose.
Pour l’éternité.
Puis il a collé l’image.
Le frais de ses couleurs.
Dans un coin, le soleil.
Du miel, sur les joues de velours d’une fleur.

Jpeg
Que serait-elle sans la forêt, sa houle noire, son cilice de sapins qui lacère sa taille, et entame ses chairs, Baden, qui n’est que par l’écrin de ses bois, dont le lustre arrogant et la lumière sont fils de l’humus, ce paillis sombre auquel le jour s’abandonne, Baden, Baden.
Il y a ici,
Il ne devrait pas,
Déplacés
De l’été
Jusque vers le froid,
Une place et son carré,
Une vieil olivier,
Des platanes nus,
Nul pour en prendre
Pitié,
Ni le vent, ni la pluie.
Et il y a,
Dans l’allée noircie,
Parmi l’humus et
Les feuilles en débris,
Un buisson bas,
Et entre les doigts
De ses épines,
L’injure faite
A une fleur,
Le trouble d’une rose,
Et l’hiver, et l’oubli.
Gras, ils se servent les premiers, les freux, les corneilles, le laque luisant de leurs gros becs qui déchiquètent les proies, le tortillon des orvets qui pendent, rouges, comme des mégots, à la pointe de leurs faces, la mitraille des graines de tournesol, et leurs cosses qui s’envolent dans un battement d’ailes, de criaillements enroués, la ripaille, et dans le lointain, tout un petit peuple de biffins qui attend, plumes bises, des moineaux, qui mesurent d’un oeil avide les restes dont ils feront leur banquet.
Vous avez été.
Un corps, avec un homme dedans.
Des bras, des jambes, une tête qui sourit.
Sur la photo, rien ne bouge, il y fait toujours beau, rien ne change, vos vingt ans en bras de chemise, c’est encore le printemps.
Je cherche une autre photo.
Il n’y a pas d’autre photo.
L’histoire s’arrête là.
La petite danseuse de la boîte à musique s’arrête lentement de tourner, quelqu’un ferme le couvercle de la boite, comme on scelle un cercueil.
La photo se voile, un nuage devant le soleil, et vous demeurez à l’ombre.
Rien ne vous brûlera.