ce que vos yeux vairons

Catégorie: il était une fois

Raconte

Naîtront des petits,
De ces êtres
En croûte de boue,
On ne distingue pas
S’il s’agit d’enfants,
D’hommes, de femmes.
Ils sortent de leur gangue,
Sarcophage pour les vivants et les morts,
Römertopf d’argile
Emplis de terre.
Plus tard, les enfants seront dits
« Ceux de la grande crue,
Fils et filles du fleuve,
D’étreintes prises à la vase »
Plus tard encore, on oubliera
La genèse,
L’histoire succombera.
Sur ses cendres,
Quel mythe,
Quel dieu
Feront racines,
Robinsons en leur tabernacle,
L’île, est déjà presque vide

Oripeaux

Tu la regardes

Sa robe est de ces
Champs de neige,
Où percent les fleurs,
L’été,
Sa peau est tiède,
La liane verte de la ceinture,
Et les rubans qui pendent,
De son chapeau de paille,
Deux traits de velours
Pris dans de la mousse espagnole,
Son visage
Est l’un de ses coeurs.

Et le partage de vos cheveux noirs
Elle te ressemble, Rosa,
Hagarde, entre
Les rangs d’hommes allongés
Par la guerre
Scarlett O’Hara

So oder so. Oder so

Gitane
Dans le siècle,
Son écu est ton écot,
L’eau qu’elle verse
Aux pieds de son arbre
Aux sabots

Tsigane
Nul écu, dans
La règle
La parole ne porte pas
De chainse,
Bourgeois de Calais,
Nus

Rosa née, ni l’une,
Ni l’autre,
Die Zigeunerin,
Sans chèvre folklorique, ni roulotte à rideaux, et géraniums pendus sur les côtés
Elle ne ressemble pas
Aux maisons d’ici,
Mais aux herbes des fossés,
Les jardins la regardent de travers,
Un fichu sur la tête,
Le samedi, les femmes sont hérissées de bigoudis,
Elle erre dans le village,
Son âme est-elle en peine ?
Elle n’est pas comme il faut propre,
Elle sent, les phlegmes,
Nos égouts sont profonds,
Nous sentons, l’urine,
Sous le savon,
Rien de plus,
Les vieux ont disparu,
Leurs tombes demeurent,
Où l’on se prosterne,
Les bras cassés,
Sous les pots de chrysanthèmes,
Rosa, son monde ignoré, est enfoui,
Jusqu’à sa place étroite au cimetière,
Qu’elle perd peu à peu,
Et l’ensevelit,
La folle.
Combien de fois,
N’avons-nous pas été ses rois

Ein Nussbaum für Rosa

Incipit
Prends place sous l’arbre à noix, qui pousse ici, et sous son ombre acide, ce qui pousse aussi, rien d’autre, que l’écho qui suit

Cette personne, crainte, à la manière des enfants
Je fus aussi cette enfant sous l’âge de raison
Je dis personne.
Ni homme, ni femme, mais noire, une espèce, issue du brouillard, un voile de fumée
Son vêtement, ses rides peignées ainsi que le gravier d’un jardin, ses jambes, arcure d’un cep de vigne
Son visage, bronze d’un buckling
Elle parle à son épaule vide, à de l’invisible, derrière elle, ara absent d’un pirate
Autour d’elle, un cylindre de verre, que nul ne franchit, cercle de sorcière, le cercueil qu’elle trimballe
Ni esprit simple, ni simple d’esprit
Folle
De quoi ?
Les gens lui parlent du bout de la fourche, on joue à se faire peur, interrompre son monologue, de derrière sa barrière
Son histoire, à laquelle seules les personnes grandes entendent quelque chose
S’Resslé
Prénom d’une petite Rose
Son nom, celui du noyer
Au cimetière, sa tombe tombe en deshérence,
Mais tu es arrivé jusqu’ici
Le scion du début porte des fruits, il est arbre
Entre ses racines, l’urne
Elle, nue, et ses hardes
Ta mémoire rougit, et baisse le front
Tu as grandi,
Tu lui dois un tumulus de princesse

Village-rue

Maison, usoir. En
Ombre chinoise désormais,
Le tas de fumier

En drapeau

La fillette tournoie
Sillage hélicoïdal
Des pétales en fleur

Champs Élysées

Emporter avec soi, tabernacle de la mémoire,
Feuilles blanches, oblats minces, sans poids
Tel paysage, qui vous soulève, toi et ton coeur, de joie
Ce visage, dont la seule évocation du nom te cisaille les jarrets, et te met à genoux
Emporter tout cela, avec, brûlant devant, le débris sang d’une petite lumière
Le bagage est léger, oiseau de balsa

Weißt du

J’ai une grand-mère, et la lumière
Est le souvenir, qui se prend dans ses cheveux,
Un coquillage, à la nacre bouclée, perle
Qui s’irise, de cette teinte des vagues,
Avant l’orage, dans un lagon, vert, gris, et neige,
Une île très australe, juste avant qu’elle ne meure,
Là-bas, une caldera qui s’effondre dans les eaux
Derrière l’horizon, les falaises des Marquises

La route des vacances

Sous l’éponge bayadère,
Je somnole, et nous roulons.
L’ombre des rayons du soleil
Se superpose à celle qui sourd
Du tissu et m’encage, à l’arrière
D’autres taches sombres, rondes
Et dansantes, les silhouettes des feuilles
Et des arbres, un stroboscope, jaune,
Et chaud, sur mon visage
Dans mon demi-sommeil, et la torpeur,
Les platanes du bord de la route
S’abattent, au fur et à mesure
De notre avancée, leur révérence
« Je suis une Majesté »

Vallée de Neander

Sa Majesté, Hanneton Dernier, pharaon, en son sarcophage de carton, grosse boîte d’allumettes de survie.
Sur son coton, une petite momie
L’enfance et une amulette