ce que vos yeux vairons

Catégorie: il était une fois

Recel

Apprendre, goûter.
L’abondance de ce que je ne puis mesurer.
Le temps, le silence.
Écouter.
Tout ce qui avant m’avait oublié.
Hier, quand j’étais pauvre d’entre les pauvres.
Apprendre du vent.
Devenir son obligé.
Le laisser me faire les poches, et faire de moi son suzerain.
Riche, enfin.

Un, puis deux, puis toi

Déshabiller une mandarine.
S’appliquer.
L’éplucher sans briser le long tortillon de zeste, et son capiton, blanc comme une pelure d’hermine.
Déposer le ressort de peau à côté du fruit.
Compter les pépins qui carient certains quartiers.
S’il y en a six, ou peut-être sept, je mangerai la mandarine.
Je fais le tour du fruit.
Il y en a moins, quatre, ou cinq.
Mais si je l’ouvre, peut-être en trouverai-je d’autres.
Manger la mandarine.
Pour vérifier.

Wunderland

La friche, ses promesses
De bestiaire mystérieux, de
Fleurs, les rêver.

Je pourrais

Je devrais dire.
Apamée.
Blanche.
Je devrais.
Le temple de Bêl.
Palmyre, je devrais dire.
L’odeur du laurier.
Les savonniers.
Se souvenir.
Et je me souviens de Hama.
Le fracas.
Le grincement.
Ses roues effroyables qui tournent sans trêve.
Le bois, l’eau.
Noirs.
Cauchemar.

Train de nuit

On était tous là à guetter.
Derrière les vitres gelées.
Le grésil, le verglas.
Enfin, le soir.
Il s’est mis à neiger.
Une poudre piquante.
Alors Philippe m’a dit « On y va »
Le rassemblement, c’était devant le parvis de l’église.
Il en venait de partout, des comme nous.
Une génération spontanée de bonnets de laine qui tiennent trop chaud, et de moufles qui prennent l’eau.
Des fratries, des solitaires.
Christian, Thierry, Myriam.
Et Jacques, Francis, et Serge.
Direction.
La Volperschau.
La Volperschau, vous voyez, c’est ce grand trou, à flanc de butte, à l’orée de la forêt.
Une excavation énorme, un cratère lunaire.
Un vestige, enherbé, maintenant, depuis le temps.
Elle est loin, cette nuit du quatre décembre d’il y a longtemps, où mon petit village a été libéré.
Un jour de liesse sûrement.
Il a été totalement rasé.
Mais c’est du passé.
Et nous voilà tous, là, les petits-enfants, à jouer sur la bosse d’un dégât.
On ne disait pas encore collatéral en ce temps-là.
Ce soir-là, la Volperschau était une patinoire, et nous avions la lune pour tout réverbère.
Nous avions tous nos luges, des patins affûtés comme des rasoirs sur une carcasse de bois.
La composition du train était arrêtée depuis longtemps.
Les grands avaient étudié la chose soigneusement.
Philippe était le plus grand.
C’est lui qui guiderait.
Ensuite, il y aurait Christian, et Jacques.
Myriam et moi, on nous a intercalées dans le paquet.
Francis, et Serge, les pousseurs.
Thierry était le plus petit.
Alors on l’a installé comme un cornac sur le dos de Jacques.
Myriam et moi étions les seules filles.
Qu’y pouvions-nous, si les autres garçons n’avaient pas de soeur.
On avait peur.
Les luges se sont arrimées les unes aux autres.
Nos bras et nos pieds les solidarisaient comme des boggies.
Et ça a commencé à pousser.
De plus en plus fort.
Je crois que c’est moi qui y ai lâché la première.
Peut-être Myriam.
Nous deux, sûrement.
En même temps.
Le train a déraillé au bas de la pente.
On s’est fait engueuler.
Evidemment.
Il fut décidé ce jour-là, que les filles feraient luge à part.

Je déteste les sports d’hiver.

Tout conte fée

Défaire, comment, vos écrans, vos paravents, vos parois de verre.
Tailler la matière, à la gouge. Tout n’est que bois à moucharabieh, je creuse, et passe la main. Ouvrez-la, je suis la sciure, qui coule entre vos doigts.

Du souvenir

Faire durer l’os, le
Ronger à peine, s’interdire
La moëlle et le coeur

Ensorceler

Et d’abord, trouver

L’enchanteur, éprouver ses

Sorts, et se laisser

Les ogres

Avons-nous faim, la

Bouche ? Ce matin, attendre,

Elle viendra à nous.

 

Agnès, avenue des Vosges, brosser Schnapouille et faire râler Elie et Jean-Pierre