ce que vos yeux vairons

Catégorie: M. de M.

Phare, away

Le pierrier, un désordre de rochers.
Les trier par ordre de grandeur.
Les plus lourdes pour le socle.
Puis élever le tas, pas à pas.
Garder pour l’avant-dernière rangée,
Des cariatides au cou puissant,
Les porteuses.
Les épaules de la lanterne.
Le phare montait.
Au treuil de ses bras,
La lanterne monta.
Et la lentille se mit à tourner,
L’île était signalée.
L’attente commença.
Mais la piste était balisée.
Max saurait se poser,
Même sur le chas d’une aiguille.

Choisir

Dire une ligne
Compliquée, « J’aurais aimé
Que vos fussiez là »

Eclaircir sa voix
Monter sa gamme, simplement
Lire « Etes-vous là ? »

Pointure

La douleur térébrante d’un pied bandé qui se libère. Qui s’ouvre en calice, corolle froissée. Marcher plus droit. Ainsi Hedda.
Enlever la chaussure et laisser l’écheveau des doigts dérouler ses racines.
Le sol est froid. Mais il est là. Il n’y aura plus d’autres semelles entre la terre et elle qu’un pied nu.

Tale off / Go around

Hedda autour du hangar, comme un derviche hésitant. Les deux prêtres dans leur naos de fer, et elle sur ses frontières.

Intrusion

Le Blenheim emplissait de toute sa carcasse le petit hangar. René et Max étaient à son chevet. Un grand vieillard maintenant silencieux. Hedda hésita. Ne s’approcha pas des deux hommes qui se penchaient sur les rouilles en pelade de la tôle. Elle retint son souffle. Elle n’aurait pas eu besoin. Le hangar grondait. Le vent s’était levé avec le jour et dispersait le murmure des voix sur les parois qui vibraient de tout leur acier.

Vol de papier

Un Pilot au bout
Des doigts, carlingue à carreaux,
Sur les toits du ciel.

Géostationnaire

« Elle est ici ? » demanda Max
« Oui, Hedda est chez nous » répondit René
Irène jeta un oeil à l’étage. Le haut de la maison était muet comme un tombe. Hedda dormait peut-être pour une fois.
Les yeux de Max, à la traîne de ceux d’Irène, et leurs têtes qui se levèrent lentement, l’une après l’autre.
La voix de René, comme une faux, un ordre qu’on ne discute pas :
« Laisse la »
Puis la faux se fit faucille:
« Viens avec moi au hangar, j’ai des choses à te montrer… »
René accorda à Hedda le temps d’une trêve.

Time after time after time after time

Hier Hedda,
Hier déjà,
A quatre temps
La valse, quatre
Lettres plus une,
Promenade sous
La lune, les chants
Nocturnes et l’aube
Qui n’arrive pas,
Un hiver qui
N’avait pas froid,
Les doigts en sang
Traçant quatre et
Quelques mots, de
Soir en noir quand
Nul ne sombrait,
« Je partirai,
Si au sommeil
Vous cédez »,
Voussoyer ces
Temps conquis au
Jour, s’avancer
Encore, toujours
Vers la nuit, en
Franchir les seuils,
Soleil en deuil
Et coeur léger,
Convoquer Puck,
Obéron et
Bâtir, portés
Par le vent, les
Murs de notre
Seul Panthéon.

Fin de la chanson

Papa Tango

Hédda ? Talons blessés.
Max ? Envoie toujours tout valser.

Ascendance

Max était un cavalier des noirs, un enfant de l’absence des lumières, d’un automne qui pactisait déjà avec l’hiver. Son ciel, couleur de plomb, le soleil, un tube de néon. Il s’était hissé bien au delà ensuite. Sa revanche sur les gris, les pluies, son adoubement par les nuages. Là haut, il ne faisait pas nuit.