ce que vos yeux vairons

Catégorie: M. de M.

Le goût de la colle du timbre

Comme les fers timides du passé qui s’accrochaient sans bruit à la cheville d’Hedda. Les petites vignettes crénelées qui parlaient du désert en un centimètre carré. Des Alaskans et des sables du Gobi, de la croisière jaune et de la cloche tibétaine. Ecrire n’était plus de mise, et la mode n’était plus à la dentelle, les gommettes avaient perdu leurs dents, comme les enfants qu’ils n’étaient plus.
Et pourtant.

Contoir

Jus noir de la nuit,
Philtre de l’aube qui retient
Ses scories, le jour.

Pommes et kérosène

Conte à rebours

« Dessine moi un nuage », dit l’avion au petit mouton.

Cent fautes

Ecrire la ligne
La plus longue de soie à toi,
Patience du pêcheur.

Fille de l’air

Baptistère
A ciel
Ouvert,
Le chrême
D’un bleu
Clair
Au front
Posé
Par un prêtre
Qui n’a d’autre
Religion
Que le ciel,
Et de fidèles
les nuages.

Pavlov’s dog

La chamade violente qui l’agitait lorsque haut au dessus d’elle s’épanouissaient en un grondement doux les lianes traînées lentement par les routiers du ciel.
Max dansait là haut. Sans elle.
« Où êtes-vous ? »

L’arrondi

Le ciel au dessus d’elle se quadrillait, les avions halaient leur bannière, chalut de condensation, pêcheurs de nuages. Hedda souhaita bon voyage à Max. Elle baissa la tête.
« Reviendrez-vous voler dans mes parages ? »

La mauvaise heure

Quand la nuque se raidit et pousse à la lutte, le temps posé sur la pointe d’un fléau, Hedda en bascule entre le temps du rêve, le refuge de son inclination, et l’horizon qui se jetait en vagues sur le cockpit. S’arracher au songe, et reprendre les commandes. Le temps du dehors, plat et nu. Celui auquel il lui faudrait s’habituer. Sans la saveur de Max.

« Praga magica »

Hedda dérivait. Silencieusement, elle convoqua au chapitre ses souvenirs. Elle ouvrit le mouchoir, elle relut les mots. Il lui manquait la peau, et le doux toucher de sa voix. Elle modelait un golem informe. Elle cessa. Magicienne dépossédée.