ce que vos yeux vairons

Catégorie: Max

Pavlov’s dog

La chamade violente qui l’agitait lorsque haut au dessus d’elle s’épanouissaient en un grondement doux les lianes traînées lentement par les routiers du ciel.
Max dansait là haut. Sans elle.
« Où êtes-vous ? »

Moisson

Enivrée, la tête balancée vers le ciel, Hedda en buvait son bleu immaculé. Elle n’en avait jamais vu de pareil, sans l’once de la ronce d’un nuage. Ses yeux écarquillés, comme une bouche avide sur l’immensité. Une morte de faim qui engouffrait à pleine bouchée. Elle n’en laissa pas une miette, satiété de crevarde. Elle redoutait la migration des bleus de toutes les couleurs vers d’autres cieux. Elle redoutait l’absence. Le creux laissé par Max.

Chat perché

« Si vous me lisez,
Si de ce temps particulier
Qui a vu des chaînes
Se défaire et puis tomber,
Si votre mémoire
Ne s’est pas froissée,
Si de ce que je vous ai écrit,
Seules, sages, les pages
Et l’encre ont pâli,
Si le temps qui va
Doucement coulant
En un filet d’eau
Qui s’entête et ne tarit
Pas encore, alors
Soufflez, soufflez
Sur les brûlis,
Dessous les cendres grises
S’attise un feu
De février, bûcher
De bois dormant,
Crayon, papier,
Mots grésillants,
Chauffés à blanc,
Ronde muette
D’une ritournelle… »

Hedda chantonnait. L’horizon dégagé, le ciel lavé à grande eau révélait son bleu ciel immaculé. « …qui dit entendez-vous quand je vous appelle ? »
Satan s’étira et lui tourna le dos. Le mélo, c’était pas son truc.

Black sabbath

Satan tendit sa tête pelée. Une oreille poinçonnée comme un ticket de métro, un oeil crevé, l’autre, jaune, posé comme une pièce de vingt centimes sur le haut de son museau.
Tout à fait le chat qu’il lui fallait. Un rescapé. Une teigne. La meilleure des sales bêtes. De celle qui vous adopte et qui vous colle à son service.
Hedda flatta la tête de l’animal. Un coup de patte lui rappela la règle. Pas d’attendrissement entre eux.

Mot à mot

« Tu ne l’as jamais aussi bien abimée que cette fois là » dit René
« Elle t’a dit… » questionna Max
« Rien, Hedda ne dit rien, plutôt se couper un bras » fit René
« Irène t’a entendu. « Effacez moi… » Ce sont tes mots » continua-t-il
« Hedda est un moine-soldat. Elle obéit jusqu’à la lie d’un ordre. Elle est partie »
« Je ne la rattraperai pas, c’est ça ? » demanda Max
« Je ne sais pas. Un moine, ça peut parfois pardonner à son dieu » répondit René
Le ciel était vide.

La mauvaise heure

Quand la nuque se raidit et pousse à la lutte, le temps posé sur la pointe d’un fléau, Hedda en bascule entre le temps du rêve, le refuge de son inclination, et l’horizon qui se jetait en vagues sur le cockpit. S’arracher au songe, et reprendre les commandes. Le temps du dehors, plat et nu. Celui auquel il lui faudrait s’habituer. Sans la saveur de Max.

Par avion

Elle récita à haute voix ce qu’elle ne lui écrirait pas, des mots en l’air, des phrases où son pied butait comme sur une pierre, des mots-rage qui se brouillaient, puis des phrases sans heurt, des bouts de ruban où elle lui disait « vous », comme en leurs temps heureux et timides. Ils ne furent jamais « tu ».
« Vous en souvenez-vous ? »

« Praga magica »

Hedda dérivait. Silencieusement, elle convoqua au chapitre ses souvenirs. Elle ouvrit le mouchoir, elle relut les mots. Il lui manquait la peau, et le doux toucher de sa voix. Elle modelait un golem informe. Elle cessa. Magicienne dépossédée.

Unerträglich

Les fins de soirée chez Siggi, son très grand frère from Germany, à attendre que la nuit finisse sa nuit, à laisser l’aiguille de l’Arionola finir sa course dans la butée, regarder le plateau ralentir et s’immobiliser, landed…
« Wo gehst du, Schaukelchaise ? »
« Auf la terrasse, lieber Siggi » soupira Hedda
« Darf-je ? »
« Die Wald ist wunder jolie tonight, Schaukel, willst du eine Margarita ? »
Hedda ne répondit pas.
« Schaukel, Max hab ich nicht im Keller, er ist nicht trinkbar, et tu le weiss aussi, nein ? »

Défense Alekhine

Sur la B.A.U., l’Iso Grifo se montra sans pareil. Il lui manquait juste une paire d’ailes pour faire le poids. Pour une fois, elle avait l’avantage. Hedda était nulle aux cartes, sauf à la bataille. Pas besoin de bluffer. Son plan de vol déposé, avec le kérosène embarqué, Max perdait des pions, il le savait. Il comptait sur une alliée. Sa fatigue, à elle.
« Tu finiras bien par te poser » murmura t-il