ce que vos yeux vairons

Catégorie: Max

Au présent du passé

Trauertag

Elle redoutait la nuit et sa traversée dangereuse. Alors elle se calfreutrait contre la peine et restait immobile. Les fantômes la frôlaient sans la voir. L’aube était longue à venir. Les heures étiraient leurs bras jusqu’en enfer.

En piqué

Elle manquait d’air, l’air lui manquait. Elle eut peur soudain de ne pouvoir plus s’arracher du sol et se vit rampante. Sa geôle était là, à ciel ouvert. René et Max. L’opposition des pôles. Elle suffoquait à mesure que ses silences le disputaient à la pitié. Il était malhabile avec le chagrin. Irène était forte. Un compagnon d’armes indéfectible, une onde claire. Il ne sut pas composer avec les détours que prit le lent effondrement d’Hédda.

La relégation

Ici le ciel était sale. Il appuyait sa poigne sur les nuques, affaissait les épaules. Ici les gens avaient perdu l’horizon, leurs yeux râtissaient une poudreuse noire comme charbon. Un cercueil de plomb. Elle chercha les nuages, mais ne vit rien.

Prendre de la hauteur

Son dos, un granite terrassé, qui avait été si longtemps son havre. Elle ne garda de lui que cette image. Son plus lourd que l’air entravé. Elle prit la route de Saulcy.

Squadron laideur

La cire fondue de son visage. Le suint de la haine avait glacé ses traits en un papier mâché. Elle vit le trou noir de sa bouche haleter sale son nom. Ses adjectifs abjects. Et son bras qui fouetta l’air et se brisa sur la clef d’un autre avant-bras.

René avait tout vu. Max. Son binôme. Son frère d’élection. Son squadron leader.  Il l’envoya au tapis sans l’once d’un remords.

« Vas chez Irène. Fous le camp. Il va te tuer »

 

Immelmann

Le vent et les pierres.

Le hangar gronda sous les coups de boutoir. Elle sut. Elle sut Max et sa rage. Le bélier de sa tête sur le vantail verrouillé.

Alors elle se souvint de sa première leçon de voltige et décomposa lentement le mouvement.

« Affronte l’adversaire de face. Toujours. Mais surprends le »

Elle fit lentement rouler la porte sur son rail.

Leur histoire entra en son hiver.

 

 

 

I’m dreaming of home

Au fond de sa poche, les perles tièdes sous ses doigts gercés. Le collier d’une courte trêve. Elle le posa sur l’établi sale.  L’huile de vidange commença lentement à carier les grains de nacre.

 

« Les visiteurs du soir »

Le hangar se referma sur elle comme comme la porte d’un tombeau que l’on scelle. Elle attendit le silence et le froid. Que les sueurs se dissipent. Qu’il ne soit plus là. Alors elle huma, les huiles, le métal encore chaud, les chiffons graisseux. Elle s’étourdit comme d’autres s’enivrent de Jicky. Elle était chez elle, elle le savait. Mais elle avança comme une voleuse. Elle profanait. S’il le savait… Elle marcha doucement comme une garde-malade entre les carlingues au repos. Au fond de l’atelier, elle vit le Morane à la lutte sur la même ligne que son Stampe. Deux carcasses silencieuses. Ebréchées. Une aile de sa libellule pendouillait un peu.

E(Stampe)

Le lent mascaret de l’aube dont la traîne dépose son mince apprêt ivoire sur le noir des joues de la nuit.