ce que vos yeux vairons

Catégorie: Max

Les très haut

Ils m’ont parlé tout
Bas de Curitiba, et
Là voir leur signe.

Take off / Go around

« De quel pays sommes-nous, Max ? Ici, en bas, nous sommes lourds et immobiles, nos verbes sont sans grâce, nos gestes heurtés, et nos regards qui se haussent sur la pointe des pieds. Nous sommes quelqu’un d’autre quand à la fin du roulage, la piste de terre reste à quai, et voit se cabrer notre esquif comme on voit partir un navire »

Tale off / Go around

Hedda autour du hangar, comme un derviche hésitant. Les deux prêtres dans leur naos de fer, et elle sur ses frontières.

Clearance

Hedda eut conscience du fracas du vent et laissa aller son souffle lentement. Ils ne l’entendraient pas. Ils tournaient lentement autour de l’appareil, la voie était libre. Sans quitter du regard les deux dos qui conversaient, et dont elle ne saisit pas les propos, elle se coula vers la sortie, vague silencieuse.

Intrusion

Le Blenheim emplissait de toute sa carcasse le petit hangar. René et Max étaient à son chevet. Un grand vieillard maintenant silencieux. Hedda hésita. Ne s’approcha pas des deux hommes qui se penchaient sur les rouilles en pelade de la tôle. Elle retint son souffle. Elle n’aurait pas eu besoin. Le hangar grondait. Le vent s’était levé avec le jour et dispersait le murmure des voix sur les parois qui vibraient de tout leur acier.

Tonneau barriqué

« Tu es celui qu’elle a besoin de chercher, Max. Et elle a peur de te trouver. Le jour où cessera sa quête, elle partira. Ce jour là, sois plus grand que tout le reste. Peut-être qu’elle te restera » dit Irène à Max

Pronom

Son prénom, imprononcé. Pour lui, elle avait été elle, ou vous. Max n’appelait pas autrement les gens.
Là haut en vigie, Hedda attendit. Ici, il n’y avait de mer qu’une houle de sapins noirs et verts. On ne pouvait se jeter à l’eau, ni par jeu, ni par désespoir. On avait l’alcool pour se noyer, la cigarette pour se griser. Et des avions dans un hangar pour oublier.

Géostationnaire

« Elle est ici ? » demanda Max
« Oui, Hedda est chez nous » répondit René
Irène jeta un oeil à l’étage. Le haut de la maison était muet comme un tombe. Hedda dormait peut-être pour une fois.
Les yeux de Max, à la traîne de ceux d’Irène, et leurs têtes qui se levèrent lentement, l’une après l’autre.
La voix de René, comme une faux, un ordre qu’on ne discute pas :
« Laisse la »
Puis la faux se fit faucille:
« Viens avec moi au hangar, j’ai des choses à te montrer… »
René accorda à Hedda le temps d’une trêve.

On ground

Lourde d’un mauvais sommeil conquis sur les franges du petit matin, Hedda se leva. Irène et René l’attendaient, silencieux. On fait du bruit, surtout quand on ne le veut pas. La porte qu’on ne retient pas et qui claque, le parquet qui grince là où il ne devrait pas. On fait des odeurs, le café qui fume et qui éveille les consciences des dormeurs, le feu dans le kachelofe, l’odeur du bois qui chauffe.
Et on ne peut pas contenir la rumeur du monde, les oiseaux, les premières voitures sur la route. On ne peut pas tout taire.
« Du café, Max ? », demanda Irène
Max acquiesça.
Les crocs du dernier de ces trois mots dans le pied d’Hedda.
Elle se figea en haut de l’escalier.

Time after time after time after time

Hier Hedda,
Hier déjà,
A quatre temps
La valse, quatre
Lettres plus une,
Promenade sous
La lune, les chants
Nocturnes et l’aube
Qui n’arrive pas,
Un hiver qui
N’avait pas froid,
Les doigts en sang
Traçant quatre et
Quelques mots, de
Soir en noir quand
Nul ne sombrait,
« Je partirai,
Si au sommeil
Vous cédez »,
Voussoyer ces
Temps conquis au
Jour, s’avancer
Encore, toujours
Vers la nuit, en
Franchir les seuils,
Soleil en deuil
Et coeur léger,
Convoquer Puck,
Obéron et
Bâtir, portés
Par le vent, les
Murs de notre
Seul Panthéon.

Fin de la chanson