ce que vos yeux vairons

Catégorie: Mon frère

Les greniers, notre mémoire

Philippe vidant sa maison.
– Tu veux quelque chose ? Prends ! me dit-il en me tendant d’autorité une pile de livres.
Un legs de raison, il me connaît.
– Le piano, tu me le prendrais ?
Où mettre l’instrument, je n’ai pas la place, et j’ai surtout des voisins…
La raison.
– Laisse le chez les parents, en attendant… Je n’ai jamais dépassé le stade de la méthode Rose, alors, le concours Marguerite Long …
– Tiens, une machine à coudre, récupère la …
Je pose la pile de livres, je m’assois, et je le regarde.
Rires.
Rire, de plus en plus fort.
– Ben, quoi, elle est encore très bien, regarde, me dit-il en soulevant le capot.
Philippe, camelot.
Et moi, piètre couturière.
– T’as pas plutôt une bière ?
Il fait chaud, et j’ai esquivé, pour la Singer.

Alles gut

Mon cher frère,

Je vous écris, vous ne me lirez pas.

Nous, deux grands ensembles vides, deux grands enfants, dont les cercles se croisent et se brisent enfin.

A la jonction, vous êtes là, nous ne sommes plus des singletons.

Nous nous disons.

Philippe

Rien n’est linéaire

Chez nous, mon frère, fatras de

Routes, et leurs brisures.


Prêteur sur gage

Donner frileux
Son coeur
A en mourir
Et se surprendre
Heureux
De vivre,
Plus plein
Encore
De ce don
On avait craint
Effrayé
De manquer.

Siegen

Revoir le partage
De mon sang, mon frère ultra
Rhénan, en mes bras.

Mon frère en mes bras

Pour une fois, une lettre

Cher frère,
Je vous garde vivant, la trace d’une fougère en un grain d’ambre. Je vous inclus dans ma lettre, vous ne la lirez pas, je ne l’enverrai pas. Nous sommes des enfants de l’air et du vent, nos routes gémellaires, nos retours en arrière, nos déviations. Nous sommes des sillons courbes, l’éponge de nos passions, des infidèles rattrapés.
Nous nous disons peu, mais je crois que nous nous aimons, heurtés et maladroits.
Philippe, mon frère, sentez tout ce que je ne vous dis. Je suis loin, mais je suis là.
Votre soeur