ce que vos yeux vairons

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Dames chinoises

Le plateau est une étoile,
Dont nous occupons trois pointes
Je suis au bord du dédale
Bernard l’ermite,
Qui plonge le poing
Dans un bol de Triangolini,
Pour se donner une contenance.
En face,
La ferme, la plaine, le bicorne,
L’attente
Charge de la brigade légère,
Réécriture de l’histoire,
Qui arrive
À point nommé,
À chaque fois.
Je ronge les points noirs du sésame
Je répète ma transe,
Le jeu, c’est du crochet, du tricot de pull irlandais avec motifs
Trouver la ligne droite brisée, le chemin sinueux,
Le tors, le retors, le virevoltant de la valse
J’y crois comme un parieur aux yeux vrillés sur les tours du gobelet
Matière à illusion du bonneteau
Je suis Bernard l’ermite pesant,
Tortue lente
Face à deux faons
Halma, ma plaine du Brabant
J’avance un pion, comme un pied dans un bain brûlant
Mère de Jeeves, Jeeves éblouissants
À la fin de la partie
Je compte les coups surnuméraires qu’il m’eût fallu épargner
Les pions disséminés abandonnés
Par une bergère désordonnée,
Pour arriver en face,
Dans la pointe opposée du plateau
« Pour construire ta maison »
Ô jolie image de l’élévation
Quand je piétine dans les cendres,
Les bêlements,
Le marais de ma morne plaine,
Stratège du dimanche.
Le sel du bol de bretzels, ma consolation,
Que me tend,
En observateur indulgent,
Mon silencieux aide de camp,
Père de Jeeves

Tour de passe-passe, soleil sur l’eau

Midi sur le pouce

Faible feu grégeois
Sous la mousse de la vaisselle
L’abeille se débat

14 novembre

1719, Leopold Mozart
1740, Johann van Beethoven
Deux dates de naissance

Jeu de lumière

Le bouquet aux tons doux,
Qui repose dans les larges mains
Des feuilles de figuier,
Barbotine vernissée,
Dans sa bulle d’eau,
Au moment de l’au-revoir,
J’ai dit que je donnerai
Des nouvelles des fleurs,
Et du Bouquet
Le plus cher,
Aux yeux d’une mère,
Jeeves.

Bonhomme-patate
Ovoïde,
Corps couvert
D’une fourrure verte,
Tressage de pagnes de fibres
D’apparat,
Cérémoniel,
Primitif,
Tête couverte d’un masque Dogon,
D’un carnaval, peau de mouton
Et rugissement du Tschäggättä,
Des brins de laine
Collés à la volée
Et qui durent,
Le petit quai Branly
Intime d’une mère,
Accroché depuis la nuit des temps,
Œuvre première d’un enfant,
Dans la chambre,
L’empreinte fonçant au fur et à mesure,
Du cadre sous-jacent sur le mur
Donne la mesure du temps
Nulle règle,
Nombre d’or,
Jeu de perspective
L’expression d’avant l’alphabet
Le dessin sans sous-titre
L’extraction spontanée
Sa vitalité,
Comment la reproduire
Quand,
Combien de fois
L’écriture se fendille-t-elle
Pareillement
Et crève comme un fruit mûr,
Jus dense de l’état de grâce
Les phrases à la fourche
En fagots entassés dans l’alambic,
Pour un filet d’absolue,
Poème

Hier midi

Jeeves confucéen
Nos quatre têtes blondes
Blanches réunies

Jour voilé

Novembre

Juste une poudre en suspension
Du sel de mer fin,
Mais les embruns sont d’ici,
Gris, fumées de la cheminée,
Qui déroule calme le rouleau de son Zan,
Pas une once de vent,
Pas une couleur plus haute que l’autre,
Il n’y a pas pas de bruit, dimanche-silence
La rue, le doigt-chut sur la bouche
Pas de coupelle à fond bleu en forme de ciel, nuage de lait, rondelle de citron pour mimer le soleil
Il n’y a pas de temps,
Définir cette sensation ficelle, coton gris du corps du jour qui pose un pied sur le tapis, la tête dans les brumes

La rencontre

Papier glacé,
Qui renvoie le regard,
Fronton de jaï-alaï martelé,
Mais que rien n’entame,
Une paire de crampons
Ne le rayera.
Illustrations hiératiques,
Bloc de marbre exsangue,
Nulle veine n’y bat sous la surface,
Même grise,
Carrare  gâté d’une varice
Lecture en billes de mercure,
Qui se disperse,
Et roule jusqu’aux bords
De la page,
Porte close.

Petit gâteau sablé
D’une conversation,
Qui absorbe tout du café,
Sa chaleur
Son goût
Ses bons mots,
Qui capte l’air tiède
Et doux à la bouche.
Nouvelles à siroter,
Ces choses en plan-relief
Qui apparaissent
Disparaissent
Au gré du courant,
Tout est terre meuble
Tout est pénétrant,
Joyeuse osmose,
Les rôles roulent,
La parole,
Est une membrane
À la gaze si fine,
Miroir au tain diaphane
Qu’il laisse sa chance
À celui qui parle
D’atteindre,
Sans ricocher sur soi,
L’ombre de l’autre
Celée derrière
L’ovale de
La psychée

Bateau sur l’eau