Écrire entre les barreaux
Poème si réduit,
Cage, tout compte, jusqu’au creux
De l’interligne
Poème si réduit,
Cage, tout compte, jusqu’au creux
De l’interligne
La bouche est noire, de la brique réfractaire, un creuset, et son goudron, qui la culotte, des mots, ne reste qu’un tanin, cette part indélébile d’eux que le feu n’aura su réduire
D’un champ retourné
D’un chant retourné remonte une idole,
Ses paroles en strie sur la mandorle d’une pierre,
Un os creux, où se sème le vent,
Un pied en charrue,
Je creuse autour de ce visage,
Sans yeux, ni bouche,
Juste un ovale, bandeau de cheveux,
Du sillon de terre, nulle psalmodie,
Qui te prie encore ?
Peut-être ai-je parlé à un caillou
Diérèse, prononcer toutes les lettres,
Un mot occupe tout l’espace,
De sa dilatation, ne pas perdre une miette,
Ce fétiche, qui finit par s’user,
À force d’en ouvrir, d’en fermer les plis,
Et s’amincit, jusqu’à la transparence
Le rouage, petite dent du dièse, s’est cassé
La planisphère, où
De grandes vagues d’ombre
Simulent la nuit,
Le jour, ses replis,
L’oiseau, sur la mer, passe
D’hier à aujourd’hui
Au premier hiver
Venu, la feuille se laisse
Tomber, facile, docile, gracile, fragile
En tombant, l’x se brise aussi
Il faut s’accroupir, tes bras, tes jambes sont déjà pattes,
Autour de toi, les frondaisons plates de ces hauts arbres africains,
Dans le lointain, tout contre la cymbale du soleil couchant.
Tu es oryx, et lappe, l’eau rare et maigre du marigot,
Tes cornes sur le front pointent vers le fond, baguettes de sourcier
Animal blanc, tu ne dis rien,
Tu es le signe que l’hiver vient sur la plaine,
Cette saison en os de seiche, il faut que je me plie aussi.
Bientôt, plus rien, entre mes sabots, toute l’eau sera bue
Christophe Bertrand (1981 – 17 settembre 2010): Haïku per pianoforte (2008). Thibaut Surugue. (foto di Pascale Srebnicki, 2008)
Laque cinabre, l’aube
Sur l’étang, cire rouge
Des roseaux en cierges
Je n’avance qu’à couvert
Il me faut des haies, des jubés, des halliers, de la lisière à épines, dense
Vous regarder par l’entrelacs de mon judas de branches, silhouette découpée, le contre-jour, et le soleil
Ma stricte observance