ce que vos yeux vairons

Catégorie: paradis enfouis

La rencontre

J’ai beaucoup volé. Et pourtant.
Hier.
Au rayon des fruits et légumes.
Une planète, et l’un de ses lieutenants.
Une main s’est posée sur mon bras.
J’ai tourné la tête et j’ai cherché.
Je n’ai rien vu.
Il fallait juste se pencher.
Et je l’ai vu.
Un djinn, un farfadet.
Une petite fille difforme, tordue comme un tronc.
Elle bavait beaucoup.
Elle souriait beaucoup.
Elle avait de beaux cheveux tressés.
Elle faisait peur, mais elle souriait.
Un lutin.
Se souvenir que dans les contes de fées, les lutins sont malicieux, un peu tordus, c’est vrai, mais c’est parce qu’ils viennent d’ailleurs.
Ils ne sont pas dangereux.
Ce sont des messagers.
Alors, je lui ai dit, puisqu’il est d’usage de se saluer, entre trolls:
« Salut, moi c’est A. Et toi, comment tu t’appelles ? »
Un homme âgé s’est avancé.
Son père, peut-être.
Celui qui l’accompagnait.
Il m’a dit « Elle s’appelle Claire »
Quel homme clairvoyant.
Ce prénom lui allait comme un gant.
Elle n’aurait pu en porter de meilleur.
On a discuté un peu.
On était content que le magasin soit ouvert, qu’il y ait peu de gens.
Claire pendant ce temps s’était dirigée vers d’autres caddies, et touchait d’autres bras.
Je crois qu’elle a touché un caddy anglais.
La dame a dit « It doesn’t matter »
Puis Claire et l’homme se sont dirigés vers un autre rayon.
Avant de partir, je les ai salués.
Comme il se doit entre trolls.
Je reviendrai faire les courses ici.
J’espère qu’ils seront au rendez-vous.

Rue de l’outre

Le temps passé,

En ces années passées

Qui désormais se fondent

Dans les brouillards

De ma mémoire,

A refaire le monde,

T’en souviens-tu ?

Arrivés le lundi,

Le jeudi repartis,

Rien dans le ventre,

Le sable du marc de café,

Et des nuages de fumée

Qui nous vêtissaient

De leurs encens.

Temps des enchantements,

Des demains tenus en nos mains,

T’en souviens-tu ?

 

 

 

 

Vous faire mentir

 

A reculons

Les doux

Repentirs

De l’été,

Qui se grime

En un hiver

Léger,

Dont

Le brouillard

Est buée,

Et les nuées

De corbeaux

Qui pointillent

Les nuages

Ne font

Pas encore

Entendre

Leurs croches

Rauques

Sur les jardins

Attiédis.

Le Guerzido

Les agapanthes

Griffent

Le ciel

Qui

Saigne

Son bleu

Lavande

Sur

Leurs

Têtes.

Franco Gelato

Cette langue

Qui éraille

L’émail

De la voix

Des petits enfants,

Quand enfle

La mitraille

De leurs mots.

Aiuto !

La Drôme

Vagues

Violines

De la lavande

Moutonnant

En une houle

Qui enivre

Les champs

Abstinents.

Ambruns

Nos joues roussies par

Un soleil en perce et nos

Peaux ombrées s’échauffent.

Cartomancie enfantine

Des nuages, lire le

Marc, conférer des formes et

Ordonner la course.

Buvard

Tableau qui a pris

L’eau, l’ondée a lavé son

Encre à la détrempe.