ce que vos yeux vairons

Catégorie: Saint-Bonnet-Du-Gard

Les herbes couchées

Je vois des traces de

Pas, il vient quelqu’un autour

De mon point de mots.

Mécanique des fluides

La mer bat, son coeur

Sous votre côte, ma main ne

Freine pas ses vagues.

Chambre noire

Mes linges mouillés sur
Le fil, photos attendant
La révélation.

Saint-Bonnet-du-Gard

La photo, deux trous
Me dardant, l’ardent
Regard. Et j’ai froid.

Une autre voix

Le mur, ses échos
Qui me renvoient mes mots en
Rafales.Jusqu’au jour.

Les ombres

Travées d’étagères.

Des livres à jamais plus

Ouverts. Cimetière.

Les craies

Le froid, un bouillon gras. Contre la nuit, il n’y a pas de remède. Les doigts gourds contre le bol, la fenêtre ouverte. Entrent les bruits, et regarder le ciel, sa peau noire que zébrait le knout d’une caravelle. Les dessins d’une blessure qui ne saignait pas.

 

 

Breitling 1949

Du temps où rien ne comptait.
Celui où ils furent eux.
Un et une.
Deux.

Le choix de la montre.
Hedda mit du temps.
Prit du temps pour trouver celle qui conviendrait.
Défilèrent les heures, les chronographes compliqués.
Des montres lourdes.
Trop maquillées.
Des montres de conquérants.
Elle voulait juste une montre de pionnier.
Une montre simple.
Un cadran.
Un bracelet.
Une montre d’honnête homme.
Puis elle la vit.
Cadran noir.
Bracelet noir.
Une montre furtive.
Discrète.
Mais pas timide.
Alors elle écrivit.
Et l’acheta.

Une semaine plus tard, vint le paquet.
La montre.
Dans une boîte de bois noir.
Et la lettre qui l’accompagnait.

Chère Madame,
J’espère que la montre répondra à votre attente.
Un bref de son histoire :
J’avais 15 ans (j’en ai 78 !) quand j’ai reçu cette montre des édiles de la ville de Genève comme récompense à ma victoire aux championnats de Suisse Romande de Judo.
Depuis, elle a été correctement entretenue, mais je ne la porte plus, et j’espère qu’entre vos mains, elle continuera à « vivre »
Agréez, Madame, l’expression de mes respectueux hommages.

                                                                            M.N.

Hedda.
S’installa à son bureau de bois.
Choisit un papier épais.
Un beau papier.
Un timbre de collection.
Un timbre pour remercier.
Et elle remercia, les yeux brouillés.
Elle assura le passeur qu’elle essaierait d’être à la hauteur de l’héritage.
Et qu’elle garderait la montre.
En prêt.

Phare, away

Le pierrier, un désordre de rochers.
Les trier par ordre de grandeur.
Les plus lourdes pour le socle.
Puis élever le tas, pas à pas.
Garder pour l’avant-dernière rangée,
Des cariatides au cou puissant,
Les porteuses.
Les épaules de la lanterne.
Le phare montait.
Au treuil de ses bras,
La lanterne monta.
Et la lentille se mit à tourner,
L’île était signalée.
L’attente commença.
Mais la piste était balisée.
Max saurait se poser,
Même sur le chas d’une aiguille.

La mauvaise heure

Quand la nuque se raidit et pousse à la lutte, le temps posé sur la pointe d’un fléau, Hedda en bascule entre le temps du rêve, le refuge de son inclination, et l’horizon qui se jetait en vagues sur le cockpit. S’arracher au songe, et reprendre les commandes. Le temps du dehors, plat et nu. Celui auquel il lui faudrait s’habituer. Sans la saveur de Max.