ce que vos yeux vairons

Catégorie: théâtre d’ombres

Kokagne

Je pourrais, au bord d’une mer, en bordure de, pourvu que cela soit lisière, l’eau, la forêt, sur une île battue par des vents atlantiques, en taïga de Thuringe, être heureuse d’être.
Mais mon petit pays,
Où sont mes tombes chéries,
Mes vivants, leurs bougies,
Orient noir,
Il y a l’étang,
Des chevalements,
Sont mes cèdres du Liban.
Le vent,
Le bleu des mouchoirs à carreaux de nos parents,
Carte postale,
Calendrier des PTT,
Sépia, et crassier.
Mon petit pays,

Souriez

Dans la cour, sous la treille aux raisins acides, un baquet en zinc, qui chauffe tout l’après-midi, un fond marin de fer blanc, où miroite le soleil, et des ombres de feuille de vigne, le corail noir d’une ou deux mouches, ma grand-mère ne va pas tarder à arriver, pour nous mettre à l’eau, mon frère et moi, dans le baquet étroit, j’entends son pas, je ne la vois pas, sur la photo aux bords dentelés, elle doit avoir été happée là, dans ce no man’s land en noir et blanc, sous ma langue, une boule verte, acide comme de la rhubarbe, que le temps n’a pas adoucie, je fais la grimace.

Kodiak

Je suis ours, sur mon
Bout de banquise, blancs, elle
Et le froid dérivent.

« Bands of brothers »

D’une rive à l’autre

De la mer, les arches de

Fer d’un pont, nos pères.

Bouches

Je mange, ma faim se

Rassasie, j’ai faim, je me

Creuse jusqu’à l’envie.

 

 

En gare de Metz

En son tombeau lourd,
Un cénotaphe, un wagon
Ouvert. La lumière.

Écartelé

Chevaux ahanant.

Un corps se rompt, dispersé.

Une rose des vents

Hochstrasse

Hans et Peter et

Rosa. Leurs voix d’outre-rien.

Le noir. Les forêts.

 

Le boqueteau

Les arbres

En crucifix

Implorent

Du squelette

Noir

De leur ramure

Les cieux

Obscurs

De l’hiver.