ce que vos yeux vairons

14 novembre

1719, Leopold Mozart
1740, Johann van Beethoven
Deux dates de naissance

Jeu de lumière

Le bouquet aux tons doux,
Qui repose dans les larges mains
Des feuilles de figuier,
Barbotine vernissée,
Dans sa bulle d’eau,
Au moment de l’au-revoir,
J’ai dit que je donnerai
Des nouvelles des fleurs,
Et du Bouquet
Le plus cher,
Aux yeux d’une mère,
Jeeves.

Bonhomme-patate
Ovoïde,
Corps couvert
D’une fourrure verte,
Tressage de pagnes de fibres
D’apparat,
Cérémoniel,
Primitif,
Tête couverte d’un masque Dogon,
D’un carnaval, peau de mouton
Et rugissement du Tschäggättä,
Des brins de laine
Collés à la volée
Et qui durent,
Le petit quai Branly
Intime d’une mère,
Accroché depuis la nuit des temps,
Œuvre première d’un enfant,
Dans la chambre,
L’empreinte fonçant au fur et à mesure,
Du cadre sous-jacent sur le mur
Donne la mesure du temps
Nulle règle,
Nombre d’or,
Jeu de perspective
L’expression d’avant l’alphabet
Le dessin sans sous-titre
L’extraction spontanée
Sa vitalité,
Comment la reproduire
Quand,
Combien de fois
L’écriture se fendille-t-elle
Pareillement
Et crève comme un fruit mûr,
Jus dense de l’état de grâce
Les phrases à la fourche
En fagots entassés dans l’alambic,
Pour un filet d’absolue,
Poème

Hier midi

Jeeves confucéen
Nos quatre têtes blondes
Blanches réunies

Jour voilé

Novembre

Juste une poudre en suspension
Du sel de mer fin,
Mais les embruns sont d’ici,
Gris, fumées de la cheminée,
Qui déroule calme le rouleau de son Zan,
Pas une once de vent,
Pas une couleur plus haute que l’autre,
Il n’y a pas pas de bruit, dimanche-silence
La rue, le doigt-chut sur la bouche
Pas de coupelle à fond bleu en forme de ciel, nuage de lait, rondelle de citron pour mimer le soleil
Il n’y a pas de temps,
Définir cette sensation ficelle, coton gris du corps du jour qui pose un pied sur le tapis, la tête dans les brumes

La rencontre

Papier glacé,
Qui renvoie le regard,
Fronton de jaï-alaï martelé,
Mais que rien n’entame,
Une paire de crampons
Ne le rayera.
Illustrations hiératiques,
Bloc de marbre exsangue,
Nulle veine n’y bat sous la surface,
Même grise,
Carrare  gâté d’une varice
Lecture en billes de mercure,
Qui se disperse,
Et roule jusqu’aux bords
De la page,
Porte close.

Petit gâteau sablé
D’une conversation,
Qui absorbe tout du café,
Sa chaleur
Son goût
Ses bons mots,
Qui capte l’air tiède
Et doux à la bouche.
Nouvelles à siroter,
Ces choses en plan-relief
Qui apparaissent
Disparaissent
Au gré du courant,
Tout est terre meuble
Tout est pénétrant,
Joyeuse osmose,
Les rôles roulent,
La parole,
Est une membrane
À la gaze si fine,
Miroir au tain diaphane
Qu’il laisse sa chance
À celui qui parle
D’atteindre,
Sans ricocher sur soi,
L’ombre de l’autre
Celée derrière
L’ovale de
La psychée

Bateau sur l’eau

Année-lumière

Partage du jour.
Sur les cendres de l’une
L’autre a bâti son berceau,
11 novembre,
Comme s’il était impossible de dételer de la furie
Sans devenir fou,
Freiner à mort au bord du précipice
Ne sombrer pas
Au bout de la pente
Cauchemar de Füssli
Passé par le Palais des Glaces,
Les masques grotesques
Les expressions expressionnistes,
Le Carnaval,
Moins mangeur de chair,
Boucherie chevaline
L’usine à gaz des usines à canon
De la Guerre Grande,
Les têtes à l’envers
De l’eau a coulé sous les ponts,
Les ponts enjambent des regs
Des mémoires sèches
Un jour à marquer de la pierre
D’un bouquet de fleurs
Un jour à planter des arbres
À relever les commissures des lèvres d’un masque qui pleure
À adopter le souvenir d’une gueule cassée à l’extrême
À retrouver dans le tumulte sa tombe,
L’un des points de croix blancs alignés sur la colline calme,
À l’ombre des saillants
Le sans-famille depuis longtemps,
Lui dire en un murmure
Que tout cela
C’est du passé,
Sans lui mentir,

Nuage, la mer

Diables Rouges de Colmar

Les temps de la glaise
Du feu d’artifice
Et des gerbes d’étincelles
Chacune imprime sous la chaussure
À haute tige
L’étoile d’une constellation
En rang de marche,
Le clou,
Après le clou,
Au cordeau
Qui empêche de glisser
Dans la boue.
Mais de sombrer,
Quel garde-fou.
Le brouillard