ce que vos yeux vairons

La nuit, oasis

La mer rentre au port
La plage, petite enfant, joue
Ses croissants de dune

Sarrau bleu

D’abord.
Le porter, non repassé
Le sérac des vagues,
Rectilignes, dans le tissu,
La mer, accrochée à toi,
Sans gravité.
Tu regardes tes pieds,
Secs,
L’eau n’est pas tombée,
Gravée dans le marbre
Du coton froissé

Planter les algues, les poissons, le coffre au trésor

Rivage, livré, comme
Une maison, « clos et couvert »
À l’intérieur, tout
Reste à faire

Rideau, le soir

Es kommt wieder

Buissons d’aronia
Au taille-haie,
Sur une face,
Petit jardin, de bord de torrent.
Sous l’auvent des sapins,
Dont la cime,
Jack et le haricot magique,
Semble elle aussi broutée
Par la brume,
Les traces fines
D’un sabot.
Dans l’air laiteux,
Sigrun lève deux doigts,
Dessine deux croissants
De lune,
Ein Reh !
Elle désigne le flanc sombre
De la montagne,
De l’autre côté
Du cours d’eau.
Son aire est l’ombre,
La crainte de l’humain.
Mais la faim,
Cette nuit, il reviendra,
Dans le petit jardin.
Stille Nacht

Fonction affine

Proportions
D’une tête de bébé, extraterrestres,
Minois de chaton,
Les yeux ont pris une longueur
D’avance sur tout le reste,
Larges cénotes sis sur une pièce d’un cent
Déséquilibre émouvant
Dans le visage d’un vieux,
Le regard est un coup de lame,
La fente dans l’os d’un brise-lumière inuit,
Trait au pinceau,
Geste exercé du calligraphe,
Économie des moyens

Avènement

Deux mois durant.
Parmi ses congénères feuilles,
À la découpe effilée
De plante tropicale,
Elle sembla n’être
Qu’une longue lame verte.
Mimétique, un bambou.
Mais courbe,
Mais lisse.
La souplesse d’un fleuret,
Couleur uniforme d’un brin d’herbe,
Non annelée de noeuds noirs
Et un matin,
Déployée, sa large main,
Son effort dans le silence,
À son chevet, les matrones sont nocturnes.
Un satellite dans le cosmos
Du salon,
Son grand panneau,
Solaire,
Trouve sa place
Dans le bouquet de ses soeurs
Événement

Les salamandres

Le soir tombe, emporte
Par accident une feuille  dans
Le torrent
Dans le placard où
Pend un bouquet de livèche,
Les gobelets de
Grès bleu
S’riecht nach Maggi

Ouvrir la bouteille
De vin de Bade,
Le coeur d’un bretzel,
La frise de bois
Du balcon
Qui liseronne
Autour de la maison,
La forêt, noir
Et vermeil

Excalibur

Shuriken, une fleur,
Lancée contre un mur, perdue,
La laisser.  Perdue,
La retirer,
Un pétale reste fiché,
Entre tes doigts,
Le bras d’une étoile
De mer

Casque d’or, cuivre

Au jardin, soleil
Levant se coulant sur sa
Tête, la ceint d’un pschent
En feu