Le haut cahier, page 56
Les tendons, reliant de leurs lambeaux le passé au présent, devant moi, mon récif-t coral-lien, je ne passe pas la barre, je n’échappe pas à mon île.
Les tendons, reliant de leurs lambeaux le passé au présent, devant moi, mon récif-t coral-lien, je ne passe pas la barre, je n’échappe pas à mon île.
L’île, ce ruban de Moebius, où même l’eau finit par être ciel, construction de l’esprit, ce bout de trottoir peut être île, et mes yeux, un coin de miroir, very small telescope.
Une étoile filante, et mes yeux se desillent.
L’été, le ciel, dilaté, et après le ciel, après, il y a quoi, derrière.
Des mots, en l’air, qui tournent, se combinent, retombent par terre.
Du vers pilé, dans la battée.
Et là, il se passe quelque chose, poésie de la méiose.
Il ne vient plus personne, ici.
Sur la table, le soliflore.
Une hampe d’origan, le bouton d’un papillon sur sa sommité.
Il vient de se poser.
Cette nuit, salmigondis, entre le gras du cauchemar, une effraction douce, la queue d’une comète, la maison de mes grands-parents, dans le salon, j’ai touché les volutes de bois du bahut.
La maison, son profil d’été, trop haut pour un hâle, et son revers, camée de l’hiver, ils sont là, ses paroxysmes, le froid des hautes solitudes.
Maintenant que le ciel se fait plus clément, moins Impitoyable, ce qui le trahit, une armoire de vêtements, je l’ouvre, la chaleur, un fauve tapi, qui en jaillit.
Le ciel-artiste, Arturo Brachetti, Arlequin, je tourne la tête, les nuages changent leur mosaïque en un clin d’oeil, Paphos et Ravenne, et là, noir-orage, et blanc, dallage de la cathédrale de Laon.
Dans la maison du haut, il y a une petite pièce, un peu à l’écart, une anfractuosité du temps, tout s’y est arrêté, le musée de la poussière, seule, une pendule à crémaillère, glissant doucement le long de sa tige dentelée, son tic-tac de seule vivante, doux mouvement de la gravité.