ce que vos yeux vairons

Tag: Depuis la Forêt Noire

Le haut cahier, page 44

Sur la maison du haut, par endroit, maintenant, les bardeaux grisent, bandeaux surannés d’une coiffure lisse, et lourde, sur les tempes, piébaldisme que fait pousser le temps, le mauvais temps, la pluie, la neige, le vent.

Le haut cahier, page 43

Un carton minuscule, sur le bord du chemin, une étiquette de prix, où pend encore un lacet de plastique, et dont l’encre noire déjà se dissout, la pluie, sur la Forêt Noire.
Je le ramasse, fossile de papier, résidu pétrochimique.
Je redescends dans la vallée.
Je ferai moins cas d’un papier gras au coin de la rue, fossile, pétrochimie, papier blabla, est-ce l’altitude, où tout m’ulcère, qui me rend sentimentale.

Le haut cahier, page 42

Dans le haut parc naturel, je suis le monde, celui de la vallée, où il n’y a, de plus haut que les sapins, que les poutrelles Eiffel d’un gros poteau électrique, je suis le monde, qui foule les mousses du chemin de mes semelles de caoutchouc, je me retourne, les sphaignes spongieuses ont la délicatesse de ne pas garder trace de mes traces.

Le haut cahier, page 41

Je monte le sentier, mes pieds égrènent les cailloux, couscous des petites pierres, qui roulent sous mes chaussures, les nuages filent, un écheveau blanc se déroule parmi eux, d’abord incision sèche, puis se dilue sur le ciel, un avion très haut, hématome silencieux, ici-bas, le torrent fait la loi, maitre de musique, l’avion, les pierres, mon pas, notre contre-temps.

Le haut cahier, page 40

Elles sont, scieurs de long, les fougères, leurs crosses, qu’elles projettent, rostre d’un requin-scie des forêts, et la lumière se déchiquette et se fend, à gauche, l’ombre de la bûche, à droite, des miroitements, le soleil, en morcellement, et lambeaux.

Le haut cahier, page 38

Un parterre de verres verts, à la terrasse du café, des pailles qui dansent, poussée des bulles de limonade sur la menthe, et les chalumeaux, qui tintinnabulent, givre des glaçons, de la sueur sur les fronts, les lèvres en trompette aspirent les diabolos, sous les tables, ça froufroute, mouvement des jupes, ailes des moineaux sur une miette de croissant.

Le haut cahier, page 37

Bleu, rose, le moutonnement du ciel ce matin, je prononce à haute voix « Border collie, vas-y », je dessine le chien du bout du bras, du bout des doigts, loin, il ne se passe rien, passent les nuages, sans houlette, ni berger, les bras-baguette-magique aussi sont fatigués.

Le haut cahier, page 36

Ici, sans.
Sans café.
Sans fumées dans le café.
Sans la fumée des voix, Serge Reggiani, Ottavia Piccolo, Michel Piccoli, la voix sourde de Philippe Sarde.
Ici, le clan, le cadre, éclatés.
La forêt est addition de singletons.
Tout se soustrait, je dis an-quelque chose.
An, le préfixe de l’oubli.

Le haut cahier, page 35

Le sac des corps, la cire des visages fondus, je vois en chacun, se déformant, une face tordue, Francis Bacon.

Le haut cahier, page 34

Je me couche, cire perdue, dans l’empreinte de marbre du dormeur, mon corps, justaucorps, s’ajuste en fondant à sa forme.