Zao Wou-Ki, « L’espace est silence »
Un coup d’éponge, appuyé.
En essuie-glace, en biscuit-éventail, avec ses stries parallèles
Un coup d’éponge, fixe
Les trous de l’éponge, en constellation, marc de passoire
Des coulures, en dents de peigne
Des paquets de naphte, comme des aphtes noirs à la commissure d’une lèvre
Un rai de soleil tombe, droit, du plafond de l’aula, jusque sur la toile, raie de côté, ligne blanche de la lumière, qui trace une route sur le canevas, et s’éteint, un nuage d’hiver l’efface
Je m’éloigne, à petits pas
Devant le tableau, de loin
Tout cela s’assemble
Les grands gestes, les éclaboussures, les points
Dans la salle des encres
Un mur blanc, comme un pan de neige, où transpire un paysage
J’y vois, Rorschach, l’étang, un horizon haut, une nappe d’eau blanche, un collier d’arbres, en grains de chapelet
Dans le train bondé, vapeur des visages, conversations en buée
Je rentre chez moi
J’égrène le chapelet