Le gardien

par marronbleu

C’est un rectangle, en pente douce, peut-être la seule chose douce ici, le très vieux cimetière, avec de très vieux morts, la mousse remplit les noms en creux sur les stèles, et le grès fond, peu à peu, les tombes tombent, dessous la terre, les morts se recroquevillent, jusqu’à ne plus laisser trace d’eux, et le terrain s’affaisse, les pierres se couchent, l’été, une paillasse d’herbes hautes, l’hiver, dur, un châlit, la terre brune.
Et les pierres redeviennent cailloux, chapelure des os, tous les morts, depuis longtemps, ont poussé entre les branches du très grand arbre qui vit ici.
Une vigie, un phare de bois, lanterne ultime, un grand chandelier, dont blanche, chaque fleur au printemps est une goutte de cire prête à s’enflammer.