Baptisterre
par marronbleu
De tous les arbres qui poussaient chez nous.
Un mitage de vergers, dispersés à travers champs, entre les maisons.
Ils étaient, faites place, le roi passe, mirabellier suave, quetschier musqué, poirier.
Poirier rabougri, aux fruits durs et verts, insolite.
Un cerisier, que j’aimais, à son pied, un massif d’heuchères, couleur foie-de-veau, on passe ainsi du rosat le plus tendre, au plus sombre, lie-de-vin, le fond du jardin, un nuage, jus de joue rosée, jus d’orange sanguine, un coin de tableau doux, et son nuancier, résine, gelée-de-coings, vaporeux d’un Léonor Fini
De ces immeubles, tout a été vendu, la maison au cerisier, aussi.
Pousse ici, maintenant, un vieux mirabellier, résurgence du verger d’à côté, qui a passé la clôture, passager clandestin, qui porte peu, ou rien, il a ses papiers, depuis le temps.
Je n’en ai planté qu’un.
L’arbre à coings.
La terre, sigillée,
Sceau de ses racines, au bas du cartulaire
Je signe du pouce, encre brune et noire de l’humus