ce que vos yeux vairons

Catégorie: air doux

Quarteron

Le vieux pêcheur, qui ne pêche pas.
Il observe le vol d’un rapace, son ombre par dessus les champs.
« Eine Weihe! Bou-zarde ! », et son geste ample, un éventail qu’il ouvre vers le ciel.
Il fait l’effort, alors j’approche.
Mon approche, de quel genre, Adler ?
« Adler ? »
Hum, il hoche la tête.
« Kleiner », et il rapetisse l’oiseau, l’aigle fond, son envergure s’ajuste, et le bou-zarde se fait busard.
« Ah,jo »
Les aiguilles gothiques du hochdeutsch s’arrondissent.
« Du rädscht platt ? »
Je hoche la tête.
Tout ce qu’il me dit alors, dans notre langue, les sept sources, les écrevisses, il fait le geste, il claque des doigts, comme on claque des pinces, le temps passe, l’étang est rond, une table ronde, il n’y a pas de frontière, « Bis bald ! », nous sommes dans le cercle.

Minnesang

Les stridulations, oh! pas fort.
Les cigales, de l’Est, du Nord, mon Nordeste.
Petites chapelles aux champs, dont le vitrail des ailes renvoie des vêpres, accent occitan, non, elles frottent du rugueux, un peu, du franc, du francique, jusqu’à l’allemand le plus doux, une langue lavée, Wotan balayé, ne reste que le nectar du chant, sur le Neckar, un lied, son élixir, Vercors, et von Ebrennac.

Juste cela

La nuit, froide.
Le billot, les pieds brûlés.
Un feu, pour faire griller du café.
L’air embaume.
L’air empuanti, l’écorce a pris, et brasille.
Bientôt, le café fume.
Les pieds du billot fument.

Le goût amer, et fruité, de la tasse tendue.
Le billot ne parle toujours pas.

Teinture-diode

Leur petite pluie de plaies de crépon sur les blés, coquelicots dans les prés.

Unterlinden, unter den Linden

Bientôt, leurs fleurs, qui encensent, enchantent tout ce qu’il y a d’air, ici, et là, ailleurs, les tilleuls.

La foi du charbonnier, de la charbonnière

L’étang, petite mer aux champs, cuvette d’un géant, de l’eau aux amarres, qui a renoncé à sa liberté ? pour que je puisse m’y promener. Je m’interroge. Et si. Et si.

Bäumen bauen

Une herbe a pris pied, dans le goudron d’une anfractuosité.
Un arbre a soulevé le béton ferraillé, d’un bunker, bras de fer, la pierre a craqué.
Les champs, les prés, et l’été, un lacet vert de parasols, une ligne de front, à l’ombre douce, des essences qui sentent bon.
Ici, mon pays, les blessures mourront un jour, et le ciment retournera à la terre.
Tout est friable, jusqu’au souvenir.

L’orée, bientôt, l’été

La lumière, le ciel lavé à grande eau, blanc, et bleu Nattier, le dallage des nuages, les ombres, qui le mettent en lumière, les oppositions, le soleil qui se fragmente sur l’eau, les vaguelettes se couvrent d’écailles argentées, papier d’aluminium qui se froisse et se défroisse au gré du vent, sans un bruit.
Sens-tu ce que je vois, sur ta peau, les dents de lait du soleil de midi. Mai n’est pas cruel.

Carroyage

Une paraison, qui coule sur mon dos, les cisailles du soleil, et la peau se marbre là où l’arbre n’a pas tendu son velum. Je ne bouge pas. L’arbre non plus. L’entêtement.

Impressions

Le foin, qui sent la poussière, un lointain origan, décombres d’herbes fraîches, qui pique le dos en sueur, aiguillon d’un insecte, le dos cardé, mi-ombre, entre deux planches, par un noeud du bois de la porte, jaune, le soleil, jusqu’à la rouille et la patine, le soir tombe, la peau, tous les feux s’apaisent.