ce que vos yeux vairons

Catégorie: apprivoiser

So oder so

« As-tu porté autrefois des oiseaux à bout de bras »
« Si près du ciel »
Toutes ces branches, leur entrelacs, et aujourd’hui, le billot, sans rien, sans main.
« Tu es « arm »
En allemand, arm, c’est à double tranchant.
Bras, et pauvre.
Armer Arm.

Anéchoïque

As-tu un nom, un bout de coeur gravé sur ton tronc.
De quel tout es-tu partie, billot, vertèbre de séquoia, échine d’un cèdre, de quel tout es-tu parti, de quelle forêt, qui, liane, bosquet, le vide d’une clairière, as-tu laissés, tes branches, des haubans sectionnés, t’a-t-on pris jusqu’à la voix, tout est bras, tu me touches, et ne le sais pas.

Ton nom de baptême

Centonisation, tu es tous les arbres, le billot, de l’arbrisseau sans nom, à celui du cèdre, cartouche du bois-pharaon.

Naos

A l’ombre du vase canope, un bouquet de coeurs de Marie, et l’ombre-ouchebti, cette nuit, du billot, homme-liège.

Albédo de nuit

Le billot est bois, pierre, et lave, tout à la fois.
Lisse comme de la fonte, souple comme du balsa.
Ses yeux, de calcaire, ses pupilles, d’obsidienne.
Sa chair mystérieuse, et noire.
Le billot est un arbre pascuan, qui regarde vers la mer.
Lorsqu’il baisse les paupières, son regard de verre, qui s’éteint.
J’attends le matin.
Me parler.

La porte à tambour s’est arrêtée

J’ai fait le grand saut.
Et je n’en finis pas de tomber.
On s’habitue.
On aime ce corps débarrassé, léger, son flottement.
Le sol est loin de moi, reformuler les lois de la gravité.
Je suis limaille, rien ne m’aimante.
Le regret, parfois.
Et puis, non.
L’école est finie, ce qui m’en chasse, enfin, l’absence de désir de maitre.
Je le salue, piété filiale, il me sourit.
La porte a toujours été ouverte.
Je n’ai rien à pousser.
Je n’ai rien perdu.

Minnesang

Les stridulations, oh! pas fort.
Les cigales, de l’Est, du Nord, mon Nordeste.
Petites chapelles aux champs, dont le vitrail des ailes renvoie des vêpres, accent occitan, non, elles frottent du rugueux, un peu, du franc, du francique, jusqu’à l’allemand le plus doux, une langue lavée, Wotan balayé, ne reste que le nectar du chant, sur le Neckar, un lied, son élixir, Vercors, et von Ebrennac.

L’entremise

Ici, ne sont que débris, et fétus, de la forêt échouée, son broyat.
« Es-tu de bois, déraciné ? »
Le billot ne bronche pas, sans membres, sans voix.
Que reste t-il d’arbre, en toi.
Ton visage, tes cernes lourds, en lèpre, sous ton regard.
Tout cela, plus que moelle.

Esquisse

Décor.
Le ciel, le ciel bleu, de nuit, l’hiver, l’été, les nuages, cirrus, lenticulaires, le ciel, le chemin, le bitume, le gravier, et la terre, la terre sur l’eau, la digue, l’étang, les oiseaux, le printemps, l’odeur de l’air, un brûlis, un arbre sous la pluie, de la rosée saturée de rose, Damas, le sable du désert, une loggia sur la mer, entre les colonnettes, au loin, un trait blanc d’écume.
Les corps.
Laisser pousser leurs plantes.
Terreau du décor.

Bäumen bauen

Une herbe a pris pied, dans le goudron d’une anfractuosité.
Un arbre a soulevé le béton ferraillé, d’un bunker, bras de fer, la pierre a craqué.
Les champs, les prés, et l’été, un lacet vert de parasols, une ligne de front, à l’ombre douce, des essences qui sentent bon.
Ici, mon pays, les blessures mourront un jour, et le ciment retournera à la terre.
Tout est friable, jusqu’au souvenir.