Kit-Kate au labo
Sa voix, Kate Bush, à la centrifugeuse.
J’isole, de la crème, le lait aigre que j’aime
Sa voix, Kate Bush, à la centrifugeuse.
J’isole, de la crème, le lait aigre que j’aime
Je suis à la surface, celle des choses, il faut être lourd de quoi, de quelles expériences, de quelle histoire, de quelles années, pour se laisser couler vers un intime humain, toucher plus loin, que la chair d’une phrase, toucher du doigt, un autre doigt, résister, ne l’inclure, comme un insecte, à la goutte d’ambre qui se fige là.
Hier, rien.
Aujourd’hui, deux marcheurs.
Je suis une vache qui paît sur sa terrasse.
Le petit train passe.
Si je voyais le monde, comme un batracien cavernicole, qui ne voit rien, les yeux n’auraient plus d’importance.
Avec le temps, ils finiraient par tomber.
Il me pousserait peut-être d’autre mains, que j’userais à lire.
Tous les brailles, toutes les rides.
Les creux, les épaisseurs, me parleraient.
Être touché.
Le doux, le chaud, qu’est-ce qui me dirait le beau.
Puis tout s’écarquille, tout ce qui a des bras, le regard, la couronne des arbres, moi, et le soc du chasse-neige, sa lame double, qui ressemble au rostre d’un animal antédiluvien, à la plume de fer du stylo de Gulliver, la maison, je m’en approche, et le ciel se penche sur son toit, la cheminée est le premier barreau d’une échelle qui disparaît dans les nuages.
« Voilà ».
Si près du ciel.
La porte s’ouvrira.
Je lis, aponie, je lis, je relis, jusqu’à l’hypnose, le mot, et la douleur, mon osselet comme un fléau, trouver autre chose, un mantra à ma mesure, « Ça va passer ».
Dans ces moments-là, il arrive, par vaguelettes successives, de petits miracles de carte postale, le ciel tranquille d’un soleil couchant, la même fumée dans les poumons, le paquet de cigarettes a circulé, un verre de quelque chose, un muret, on est assis, on est côte contre côte, le billot et moi, pas assez fort, la solitude ne prend pas beaucoup de place, et nos regards divergent dans le lointain, deux points trop éloignés, qui ne se mélangent pas, leurs puissantes racines.
Le soir, l’heure, où ce qui reste d’enfant, sa résurgence qui pleure en moi.
Sur le visage du billot, aussi, une spirale de rabot, une larme de bois qui s’enroule.
La sève, saline, un même rhésus.
C’est comme,
Voir les pieds d’une sirène.
Le long écheveau de racines du billot, chalut d’une anémone, cartographie de ses veines, mises à nu, ma gêne, il n’a rien vu, jamais être n’a pareillement pris soin de ses racines, derrière les hauts murs de son jardin intime, un reposoir, un banc, un carré d’humbles.
Sais-tu que j’avais pensé me déguiser, géant vert, Cetelem de la publicité, afin de ne point t’effaroucher.
Me faire carbréléon.
Peut-être aurais-tu ri.
Un début.