ce que vos yeux vairons

Catégorie: écriture

Rallonge 1

Poétocoldsong(u)er
Dellerdowlandiser
Downbythesalleygardensallonger

Tous mes tissus

Le vent se lève, convalescent,
Donne de l’éventail,
Je lève les bras, le bas de la robe,
Courtisane, femme de peu de vergogne

Fréquence de résonance

Que faire, des mots qui ne veulent rien dire
Les punir, enfants en colère
Les torturer, pour les faire parler
Et je suis là, avec tout ce que je peux de rage, à me cogner la tête contre leur mur, leur tétraplégie, à tous ces Johnny s’en va-t-en guerre, qui restent silencieux, ces mots creux, et vides, comme de vieux os blanchis
Le vent qui souffle autour de moi les fait trembler, un oiseau se pose, répond à leur appeau

Les yeux de ma mère

Une baie, prunelle
Immense le ciel, l’iris
D’or est le soleil

Nicolas de Staël

Carré couleur sel
La maison, carré couleur
Bleu ciel, le ciel

Et cetera desunt

Ils s’agrègent en nuages, comme ces images brisées sans trêve, qui roulent au bout du cylindre d’un kaléidoscope, les mots, qui ont leur famille, leur couleur, ils sont limaille de fer, guidée par, l’aimant d’une saison, chaleur va avec sueur, au frimas, l’hiver
Les ranger par taille, séparer le jaune des gros du blanc des petits
Inventer de nouvelles catégories, ranger le coeur dans celle de l’orthopédie, fracture du myocarde
Blablabla
Cracher sa Valda, en disant, « Vous ne me déplaisez pas »

Le hic, est-ce le nunc

La retourner comme un gant, la peau du jour,
Conserver au dedans ce qu’elle a de chaud,
Pour l’hiver, leçon de l’écureuil
La salamandre sous le soleil ne tire pas de plan sur la comète

Extinction des feux

Le va-et-vient roux de l’écureuil, dans l’arbre
Une lumière douce qui s’allume et s’éteint,
Entre les branches, un petit néon, qui clignote,
De la chaleur, rien ne l’atteint, ni cilice, son pelage,
Mais complice, le soleil de la saint Jean

Je pense à l’Atlantide de l’ours blanc, qui s’éteint sur la banquise qui s’abîme, le crépuscule de l’animal sur son radeau, celui de la glace qui se change en eau

Un fruit sec tombe des mains minuscules du petit écureuil
Vivre.
Être de l’espèce d’Alice, devenir petite, et tomber.
Lueur d’aube, au fond du terrier

Les temps obscurs

Comme sont tombés de Lucy,
Les poils, la mandibule puissante,
Au moment de devenir Homme,
Une femme du genre humain,
Ce qui ne sera plus indispensable à notre survie
S’atrophira-t-il aussi,
Le langage, et son appendice,
L’inutile poésie

Kleinigkeit

Tout m’est sanctuaire, quand il s’agit de vous, mes pluriels, mon singulier
Une enveloppe vide, sans étrennes, mais il y a l’écriture de mon père, qui penche toujours, comme un peuplier sous le vent
Ces photos où je ne reconnais pas mes grands-parents, ils étaient jeunes, comme jamais
Ces livres en caisse, ces bibelots précieux et dérisoires, où toute la moelle de ma mémoire s’est réfugiée
Tout ce dont je suis avare jusqu’au péché, qui ne vaudra kopeck, après, je conjure le sort comme une vieille gitane, je ne finis pas la phrase, après reste en suspens, suspendu comme ces gouttes d’eau défiant la gravité, sur ces photos au ralenti.
L’après, je l’ai vu, le coeur serré, un après-midi de vide-grenier, une paire de vieilles chaussures, oh, pas une de ces antiquités, une paire de chaussures vieilles, de dame âgée.
Tout à côté, posé, un petit tableau creux, une couronne de fleurs en plastique, et une mèche de vrais cheveux.