ce que vos yeux vairons

Catégorie: écriture

L’alarme

Les mouches entrent
L’air qu’on leur fait au dehors est irrespirable
Ceux qui restent à la lisière,
Derrière le rideau la vitre le volet clos
Les oiseaux qui s’épuisent
Leur air, ison bref, les bréchets fragiles halètent,
Métronome désordonné, pizzicato, les moineaux,
Il est loin le temps des trilles soyeuses,
Les cerises aussi sont en sursis

« …le calme enchantement… »

Je pourrais toucher, du bout du doigt,
Le bandana où transpire le suint de sueur
De Frank Thorn
Soylent Green sonne notre glas
Alors j’écoute Jeux d’eau si fort,
Que ruisselle sur moi le morceau
Je dépose ma peau humide, sur le valet de bois, à côté du lit
Dormir
La nuit est de cendal, et pour seule camisole,
La voix solitaire d’un enfant,
Les premières mesures de La Nuit, de Rameau,
Sa beauté spectrale, comme un Noël

Stille Nacht

La nuit titube et tombe,
Tout ce que la chaleur avait de cru, les mots qui dessèchent la bouche, au moment de les prononcer, touffeur, et poussière, fond,
Dans le bassin, l’îlot rouge et blanc des poissons se meut en nuage lent, feu grégeois des écailles entre les roseaux
Puis l’eau se trouble, lait gris qui caille
Fin du tableau

Poissons carrés, poissons avec deux bras, deux pieds

Les nasses, les casiers à homards
Ils ont la taille des poissons, des crustacés des bas-fonds
Ceux qui piègent les bans d’Omar, qui flottent entre deux eaux, sont oblongs, les brins d’osier forment des paniers, qui avalent des hommes à la peau noire, leur badine, sur ce menu fretin
La pêche, donne-lui le nom que tu veux, nauséeuse, mon coeur a le mal de mer

Peep show

À côté des bouillons énormes du fleuve,
L’échelle à poissons, chemin de croix
Échelle de Jacob, un poisson monte,
Mutant, Jack et le haricot magique
Il franchit la passe
Je regarde, depuis la rive,
La baleine de béton expulser son Jonas
L’effort, surhumain
Je me sens bête

Les couleurs

Bio-hazard, le laboratoire-bunker,
Pression positive, la vie inoffensive
Est rejetée à l’extérieur

Je regarde le documentaire.

Entre les perles du noyau des olives,
Mince portière qui bat sous la brise,
Deux mouches, l’une bleue, l’autre verte,
Font leur chemin jusqu’à moi, bourdonnent
Plus fort que la voix-off du téléviseur,
Se moquent de la barrière ajourée
Accrochée à la porte, labyrinthe léger,
Choisir, laisser encore entrer ici l’été

Déméter

Décrocher les nuages, Zao Wou-Ki
Fermer les recueils, poésie
Prendre soin de leur beauté
Devenir jardinier de la parcelle, coeur carré,
Musée des Hommes, sous leur sein, celé

METAROLOGIQUE

Clouer, un petit cadre de bois,
Dans un journal, la découpe d’un cerf-volant de papier,
Faire les poches à une porte, s’emparer de la clef,
Vous voilà flanqué, Franklin B., de ce qui se doit,
Attendre, ronger son frein, et ses doigts
L’orage est là, le prendre sous votre houlette
Devenir le berger d’un troupeau de mamma

Art und Weise

J’aurais aimé trouver d’elle, des lettres d’amour,
Ma grand-mère, qui devait être douce, avec les morts,
Dont elle faisait la toilette. Ses gâteaux en forme
De nattes brunes étaient bons, le poème indique
Ici, comme ses baisers, mais je ne sais pas trop,
Les gestes délicats, sûrement, l’intimité, le marbre des défunts.
La faim des vivants, à combler. Elle ne nous a pas aimés mièvrement

Vie domestique

Écouter une déploration,
Sur la mort d’Ockeghem,
En fermant les volets,
Mais les volets sont déjà clos,
Les voix qui bourdonnent, sont celles des mouches,
La voûte basse de la cuisine, et dans leur nef,
Une assiette de fruits, qui fripent.
Il fait chaud, les larmes sèchent vite,
Poudre, les sanglots, attendre la pluie