Acide lactique
Je bande mon arc
L’oeil, plume première de la flèche
Je bande mes poumons
Je bande mon arc
L’oeil, plume première de la flèche
Je bande mes poumons
Je me défroisse, et me décontorsionne. Ici,
Une alexandrine cabine d’essayage
Le miroir est plein de plis, c’est peut-être moi,
Visage-origami, le corps se destructure
Le nez penche vers les pieds, et je me figure,
Être de tessons d’une céramique abstraite,
Peux-tu encore me lire, devenue ostraca
Fenêtres fermées, la maison pourrait être
Silencieuse. Mais le chant vigoureux, plein de sève
Des oiseaux, une cour de récréation, qui perce.
Fenêtres ouvertes, les murs vibrent, la sourdine a
Sauté de leur bec, et tous les modes se mêlent,
Cuicuiphonie, une vague, qui se renouvelle
Je lève la poussière sur les étagères de
La bibliothèque, chamboultou, quelque chose tombe
Ne dis pas le contraire, tu l’avais espéré
Je ne le nie pas. Forcer la main au destin
Quelque chose est un livre, le titre importe peu,
Ce qui compte, ou bien, conte, c’est sa voix d’outre-tombe
Les annotations si fines, micron de crayon, on
Les dirait écrites au cheveu, cheveu blond
D’Agnès, tombée du ciel de la bibliothèque
Je lis avidemment entre les lignes, le cours
De ta belle écriture, le passé pousse, tout neuf,
Des lettres enroulées, comme du liseron, sur
Une grille, une charmille du printemps.
Je repose le quelque chose sur le rayonnage,
Le penche sur la tranche, afin qu’il tombe bien,
Au prochain jour de ménage
Une fourmi devint, le temps aidant, solitaire
C’est là une fourmi devin, sûrement. Quitter
La fourmilière, sa population, gonflée comme
Un fleuve en crue. Il faut pour cela, se sentir
Surnuméraire, devenir inutile. La nuit,
Partir. Trouver un pont, une paille, la pousser
Vers la feuille morte à la surface de l’étang.
Traverser rapidement, et couper les ponts.
Vivre en cigale, manger peu à peu son radeau
Je reviens du cerisier, poste de police,
L’été, je n’ai pas de poche, alors, dans le dos,
Poings fermés, doigts encrés, violettes volutes
Digitales, j’en suce le sucre, et le jus coule,
Des ombres maori me tatouent le menton,
Mon forfait s’affiche. Couleur ronéotypie
J’ai six ans. Un souvenir lointain, et précis
Mêmement, le temps n’a rien usé, au bout de
L’index, un interstice, entre l’ongle et la peau,
Un filet de vernis séché, indélébile
Écrire, au jus de
Cerise, remplir la pompe
Du stylo. Noyau
D’un foie-de-veau brillant, je dirais feuillage-
D’un-pied-d’heuchère-tanné-au-moût-de-raisin,
L’assiette de cerises noires. Noir ? de cerise,
Un rouge, qui ne se dit pas, comme du sang qui caille
Je sais que ce jour bleu de ciel, jaune de soleil,
Chaud de midi, et tièdes, les chants des oiseaux,
Je l’oublierai, si semblable aux autres jours,
Le buisson qui gonfle, il n’y a pas de vent,
Mais une pagaille d’ailes de merles, qui se relaient,
Au chevet des petits, qui criaillent, je devine
Leurs gosiers d’ogre, qui se tendent, et se dilatent
Il est midi pour eux aussi, mais je suis bête
Mon bêtomorphisme, la radio débite,
Informations sur les élections, la France a
Peur, de quoi, de rien, à cette heure, le soleil est
Haut, et les ombres petites, on meurt, et puis plus,
Les Dieux se grattent la tête, n’ont plus le dernier mot,
Le pain congelé, qui perd son corset de croûte,
J’aurais pu aller chez le boulanger, humer
La rue, comme un limier, l’odeur-madeleine de
La baguette qui fuit du vasistas, un carreau
Est cassé, j’irai demain, à l’heure du laitier,
Mais il n’y a plus de laitiers, pensées, qu’un vent
Intérieur pousse, en moi, nuage-de-riens-du-tout,
Le parquet craque, en songe, l’odeur de la cire
Et de la térébenthine, je m’ébroue, l’image
Appelle l’automne, et il fait si beau, ce jour
Un jour, on se réveille, triste-moins, orphelin,
On se sent île déserte, vivre maintenant, sans
Recours apothicaire à la mélancolie