ce que vos yeux vairons

Catégorie: écriture

12 déjà

À os morts
Une lettre de bronze s’était détachée du monument.
Les adultes comblaient le vide mentalement.
À nos morts
J’étais enfant.
Les morts, morts dans la mémoire des vivants, ne sont que des os.
Le monument aux morts avait raison.
Il n’y a là rien de sybillin.
Os morts

11 déjà

Les coraux blanchissent, leur beau rouge sang, une hémorragie, ils sont os, attirant sur eux d’autres os, du dessus des eaux, les bateaux chavirent, sombre leur pêche, une mattanza, les hommes sont des poissons.

10 déjà

Le voile boréal, de la nuit.
La chambre blanche, pisé de mes tropiques, désorientation spatiale, lequel de mes sens s’emballe, la chamade du « où suis-je »

Neuf presque

Le voile boréal, du rideau, la nuit.
La brise le drape, la lune le diapre, dans la chambre, d’un blanc arctique, un marbre mouvant, le vent qui tombe le fige, un frisson sur sa chair, dépôt de la brume.

Huit presque

Lointain jeu d’enfant, les yeux d’Icare.
Alors, voir s’avancer, sous le papier pelure des paupières, les tommettes brique d’un petit planétarium, où dansent mouches et soleils noirs.

Sept presque

Nébuleuse d’Orion, je tends mes bras-Hubble, j’en fais une boule de cristal, où circulent les brumes colorées d’une divination, j’attends que se lève le voile, le cliquetis ancestral des sequins d’or du foulard d’une gitane.

Six presque

Un plafond, la tapisserie, un détail du médaillon, tout m’est nuage, l’ombre chinoise d’un bourdon, j’esquisse la savane dans la touffeur de l’après-midi, dans le lointain somnolent, un avion, Finch Hatton,
« Et tout le tintouin », dirait quelqu’un.
Fonte des neiges du Kilimandjaro.

Cinq presque

Il y a un ciel, thé léger.
Une terre, brou de henné.
Une aube, sang rouillé, se lève.
En moi, la nuit est une serre, le rêve est son orangerie.

Quatre presque

Je garde dans ma poche un papier blanc, plié à la façon des diamantaires.
Il n’y a rien, dedans, d’un trésor.
Je n’ai rien à perdre.

Trois presque

La nuit, sur un quai gris.
J’attends le rêve-fantôme.
Une nuit-Tinguely, une roue tourne, ting-geli-ting-geli.