ce que vos yeux vairons

Catégorie: écriture

« Les sonates du Rosaire »

J’embarque, l’après-midi est une rivière, des boucles, de lents méandres, un songe troublé, l’annonce de l’hiver faite à l’été, là, d’épaisses feuilles vernissées, qui brunissent sur les bords, combien me reste t-il d’étés, avant la décrépitude, avant de n’être plus que cosse de caroube.

Le gardien

C’est un rectangle, en pente douce, peut-être la seule chose douce ici, le très vieux cimetière, avec de très vieux morts, la mousse remplit les noms en creux sur les stèles, et le grès fond, peu à peu, les tombes tombent, dessous la terre, les morts se recroquevillent, jusqu’à ne plus laisser trace d’eux, et le terrain s’affaisse, les pierres se couchent, l’été, une paillasse d’herbes hautes, l’hiver, dur, un châlit, la terre brune.
Et les pierres redeviennent cailloux, chapelure des os, tous les morts, depuis longtemps, ont poussé entre les branches du très grand arbre qui vit ici.
Une vigie, un phare de bois, lanterne ultime, un grand chandelier, dont blanche, chaque fleur au printemps est une goutte de cire prête à s’enflammer.

Portion triangulaire de fromage fondu

Je suis du peuple des petites souris, là-haut, la grand’roue du soleil, je ferme la porte, arc en plein cintre, de mon petit logis, sis 1, recoin d’une plinthe, et trottine à pas menus et japonais, mes petites dents en avant, présenter mes hommages du matin, ô Râ, à l’objet de mes dévotions, avant que la lune ne l’enveloppe de papier d’argent.

Soudure à l’arc, oh, whey, oh

La flétrissure, sur mon épaule fleur-de-lysée, les crocs, la morsure sur la peau d’une esse de boucher.

Pour faire taire la poix,
Noyer le feu grégeois,
Tartines de Biafine,
L’épaule embaumée
Dans du Tulle Gras, « Walk like an Egyptian… »

L’âge de pierre

Le rocher, un mortier qu’a creusé une éternité d’eau de mer, et la dureté de diamant d’un galet rond qui sera sable, après avoir été gravier, quand le temps aura passé, et le rocher se détachera, calebasse polie.

« The go-between »

La lenteur, une fleur, et son corollaire, une échelle du temps qui ne mesure rien, pas encore, puisqu’il n’existe pas, le temps, une fleur d’avant la datation, rien n’est encore dit, ni écrit, l’homme est en bourgeon dans ce batracien, qui s’apprête à sortir de l’eau, soupe primordiale, et à haleter, pour la première fois.
Il y aura des aubes et des aubes, en myriades, mais rien ne compte, hormis cette respiration.

J’écris, j’ai oublié que mes poumons furent branchies.
Une aube lointaine, à peine rosée, forêt de Sumatra, haut dans le ciel, en contre-plongée, une accentuation, traînée de condensation d’un avion, tout en bas, un petit point, parmi la végétation, un arum titan déploie sa corolle, antédiluvien.

Rengaine

J’écris, et je bégaie, toujours la même chanson.
Rien ne change, tout se décline, je n’échappe pas à mon écriture, chemin de servitude.

Et Marie

L’écriture a son caractère, le mien est météorologique, la paresse de dire la laine, l’hiver, la facilité de la paillette, tout se dore, les peaux, les mots, les peaux des mots, saucisson, et vin rosé, carats de la pyrite, mon parasol, ailes de cigales, écrire à contre-saison, et se muer en Marthe, comme un outrage à la légèreté, voir les plaies des feuilles qui déjà se cornent.

Trauermantel

Et soudain, ce qui d’ici, de la banquette de pierre, me semblait buisson de fleurs, se mit à bouillir, l’impression brouillée d’une image, dans une pièce d’eau, les boutons de fleurs, isocèles, un pli, une amorce d’origami, ouvrirent lentement leurs pétales, et se détachèrent, répondant à quelque mystérieux signal, défoliant le buisson, un nuage mouvant, couleurs sur le ciel d’un banc de papillons.

Grünewald

Voyage au pays des bocaux, des mots longs comme des phylactères médiévaux, et mystérieux, Stachelbeeren, Johannisbeeren, une bouteille, ventrue, comme une cornue, un liquide jaune, une liqueur, je cherche l’athanor, je reconnais l’écriture de l’alchimiste, sur les petits pots de confiture, je referme l’armoire, ses deux vantaux, repliés comme des ailes, un retable.
Je suis ailleurs.
Tout me le dit.