ce que vos yeux vairons

Catégorie: écriture

« Impression, soleil levant »

Les strates, étagées, l’arôme compliqué du café, comme une messe à plusieurs voix, tuilées, le brûlé, l’amer, une mêlée, je verse une louchée d’eau sur la mouture qui gonfle comme le dos d’un chat, le café goutte, un sablier, marron, tigré noir.
Guillaume Dufay, salve flos, les voix en macramé, qui coulent, au rythme du café.
Un moment heureux, le matin se trouble de ce que j’aime.
Et je pousse tout ça, tabula rasa, carambolage.
En miettes, les mots faciles, creux et légers, sans fracas.
Dans le poème, ceux que j’aime ?
Mettre des mots sur eux, mon seul vêtement.
Les laisser transparaitre.
Dans ma maison, laisser entrer du bois vivant.

Papied

Jpeg

Compagnons

En l’oasis, le partage de l’eau, et le pain pousse, vue d’en haut, une coronarographie, l’eau, en vaisseaux, jusque sous les moindres radicelles, dans les parcelles, entre les pieds des arbres, réglés, les bouillons frais d’un ballet, et entre les falaises de grès veiné, la vie, sur le ciel, le vol d’un ibis, un motif, noué, furtif, sur la lisse verte d’un tapis, volutes des palmes.

Sortir

Hors les murs de ma thébaïde.
Qui sont translucides, comme papier de riz, le soleil est de lait, souples comme cloisons, maison du Japon, le vent les fait trembler.
Fragiles.
Mais murs.
L’écriture.
Hors les murs, le soleil a la peau jaune.

Oh

J’observe une dentelle de Lefkara, beauté des filaments de soie.
Le travail d’une araignée, le regard doux de la dentellière qui lit mon regard lisant le prix.
Ses doigts volètent sur l’ouvrage, et le soulèvent.
Sa réversibilité.
L’envers vaut l’endroit.
Pas un noeud.
Prendre exemple.
Ajuster mon écriture.
Dextérité de l’araignée, sa schola.

Château de bord de mer

Ouvrir, le recueil, le récife s’ouvrent seuls, le feuillet habituel, ils ne demandent plus, butlers silencieux, un fond sablonneux.
Du sable, sa pâte friable, celle dont on fait de petits gâteaux secs, je laisse vaguer ma main, qui se saisit, emporte-pièce, d’une porcelaine, un coquillage à l’encre de Chine, un ballon rapiécé qui fond sous mes doigts, poisson-clown échappé de l’arène marine du cirque d’un poème.

De chasseur-cueilleur à

Je lis.
Avec joie.
Il l’a écrit.
Avec désarroi.
Il l’a écrit.
Je lis.
Goulûment, je saute des mots, le texte est roté, je savourerai après, là, je dévore, à tort et à travers, sans mastiquer, la tranquillité. Après.
Puis je ne lis plus.
La peur de délaver.
La panse, dilatée.
L’admiration, qui dilue, et je diminue, minuscule Alice.
Je ne lis plus.
Je reviendrai.
Je domestique ma soif, mal.
Je reviendrai au point d’eau.

Le témoin

Quand, lisant.
Mon regard, happé par les crocs très doux d’un mot-piège-à-loup, vu ailleurs, lu dans une autre vitrine, un texte ami, une page secrètement admirée, circulation des locutions, qui essaiment, la pointe noire d’un mot, ici, puis là, on se passe le précieux d’une braise, on fait les poches du dictionnaire, écrire, on dérobe, une guerre du feu.

Glück auf, Nemo

Sous l’eau, comme des bouchots, des cordons de kelp, qui plongent.
On les suit du regard, puis tout noircit, vert-mouvant, le soleil a ses limites, et s’éteint, comme un apnéiste aux poumons brûlants.
Au-delà, les racines, l’ombilic des algues, qui poussent, droit vers le fond.
Ici-bas, une salle des pendus, comme chez moi.
Une pieuvre fait la roue, paon marin, la roue d’un chevalement, et de son puit ennoyé.

Marquage au fer

Variateur d’intensité de l’écriture, de la lumière crue, pour l’éblouissement, un os qui se fêle, le solaire d’une brûlure.
L’absence de grande douleur, comment la nommer, cette pénombre de terrier.